19.06.2008

FASCHISME CHRETIEN : LA FIN DE LA DEMOCRATIE AMERICAINE ET DE LA DEMOCRATIE TOUT COURT I

NOAMI KLEIN/WOLF ancienne conseillère de Clinton puis d’Al Gore, journaliste et écrivain juive américaine - Elle a été interviewée en France dans LE GRAND JOURNAL .

Naomi Klein WOLF est une intellectuelle engagée, une activiste de l’altermondialisation. Elle sort un livre, intitulé La Stratégie du choc. Elle décrit les mécanismes avec lesquels, les tenants d’une économie ultralibérale ont appris à tirer partie des désastres pour faire progresser leurs idées et parfois même les imposer à une population tétanisée par la catastrophe qui vient d’avoir lieu.

Selon elle, le 11-Septembre relève moins d’un complot que d’une stratégie a posteriori visant à surfer sur l’état de choc du peuple américain pour
appliquer le programme des ultras au pouvoir à Washington. Stratégie qui sera reprise en 2004 lors du passage de Katrina à la Nouvelle-Orléans.

Video Naomi Klein Pas de complot mais une stratégie!VIDEONaomi Klein La Stratégie du choc

 

 
NAOMI KLEIN/WOLF :

TOTALITARISME AUX USA EN DIX ETAPES
L’Amérique fasciste, en dix mesures faciles

 

Naomi KLEIN Le capitalisme du desastreVIDEO Naomi KLEIN La Stratégie du choc

De Hitler à Pinochet et après, l’histoire montre qu’il y a certaines mesures que tout dictateur en puissance doit prendre pour détruire les libertés constitutionnelles. Et selon Noami Wolf, George Bush et son administration semblent toutes les prendre. (The GUARDIAN 24 avril 2007)


L’automne dernier, il y a eu un coup d’état militaire en Thaïlande. Les leaders du coup d’état ont pris un certain nombre de mesures, plutôt systématiquement, comme s’ils avaient une liste d’achats. En un sens, c’est ce qu’ils avaient. En quelques jours, la démocratie a été supprimée : les chefs du coup d’état ont décrété la loi martiale, envoyé des soldats en armes dans les zones résidentielles, pris en main les stations de radio et de télévision, et mis des activistes patentés en détention.

Ils ne comprenaient pas ces choses à mesure qu’elles progressaient. Si vous regardez l’histoire, vous pouvez voir qu’il y a essentiellement un plan pour transformer une société libre en une dictature. Ce plan a été utilisé à maintes reprises en versant plus ou moins de sang, de manières plus ou moins terrifiantes. Mais c’est toujours efficace. Il est très difficile et ardu de créer et maintenir une démocratie - mais l’histoire montre qu’en supprimer une est bien plus simple. Vous n’avez qu’à être disposé à prendre les dix mesures.

Aussi difficile que ce soit à contempler, il est clair, si vous êtes disposé à regarder, que chacune de ces 10 mesures a déjà été initiée aujourd’hui aux Etats-Unis par l’administration Bush.


Parce que les Américains comme moi sont nés dans la liberté, nous avons du mal à considérer même qu’il est possible pour nous de devenir aussi peu libres - au sein du pays - que beaucoup d’autres nations. Parce que nous n’apprenons plus beaucoup nos droits et notre système de gouvernement - le devoir de connaître la constitution a été retiré de la propriété des citoyens pour devenir le domaine des professionnels comme les juristes et les professeurs - nous reconnaissons rarement le système d’équilibre des pouvoirs que les fondateurs ont mis en place, même s’ils sont systématiquement démantelés. Parce que nous n’apprenons plus l’histoire européenne, la mise sur pied d’un département de sécurité de la « patrie » - rappelez-vous qui d’autre était enthousiaste du mot « patrie » - n’a pas déclenché le signal d’alarme qu’elle aurait dû.

J’affirme que, sous notre nez, George Bush et son administration utilisent des tactiques éprouvées pour supprimer notre société libre. Il est temps pour nous de consentir à penser à l’impensable - comme l’auteur et le journaliste politique Joe Conason a dit que ça peut arriver ici. Et que nous sommes plus avancés que nous n’en avons conscience.

Conason a averti de manière éloquente du danger de l’autoritarisme américain. Je prétends que nous avons besoin aussi de regarder les leçons du fascisme européen et d’autres pour comprendre la gravité potentielle des événements que nous découvrons aux Etats-Unis.

1. Invoquer un ennemi interne et externe terrifiant

Après avoir été frappés le 11 septembre 2001, nous fûmes dans un état de choc national. Moins de six semaines plus tard, le 26 octobre 2001, le Patriot Act des Etats-Unis fut adopté par le Congrès qui a eu peu d’occasions d’en débattre ; beaucoup ont dit qu’ils ont eu à peine le temps de le lire. On nous a dits que nous étions maintenant sur un « pied de guerre » ; nous étions dans une « guerre mondiale » contre un « califat mondial » ayant l’intention de « balayer la civilisation. » Il y a eu d’autres temps de crise dans lesquels les Etats-Unis ont accepté des limites sur les libertés civiles, comme durant la guerre de Sécession quand Lincoln a décrété la loi martiale ; durant la seconde guerre mondiale, quand des milliers de citoyens américano-japonais furent internés. Mais cette situation est sans précédent, comme le note Bruce Fein de l’American Freedom Agenda : toutes nos autres guerres avaient un point final, donc le balancier était capable de revenir vers la liberté ; cette guerre est définie comme illimitée dans le temps et sans frontières nationales dans l’espace - la Terre elle-même est le champ de bataille. « Cette fois, » dit Fein, « il n’y aura pas de fin définie. »

Créer une menace terrifiante - comme une hydre secrète et malfaisante - est un vieux truc. Il peut être basé, comme l’invocation d’Hitler d’une menace communiste contre la sécurité de la nation, sur des événements réels (un universitaire du Wisconsin a été confronté à des appels à démissionner parce qu’il a noté, parmi d’autres choses, que l’incendie criminel soi-disant communiste, l’incendie du Reichstag de février 1933, fut rapidement suivi dans l’Allemagne nazie par les pleins pouvoirs [accordés à Hitler - NdT], qui remplacèrent la loi constitutionnelle par un état d’urgence illimité). Ou bien la menace terrifiante peut être basée sur un mythe, comme l’évocation nationale-socialiste de la « conspiration globale du judaïsme mondial. »

Ce n’est pas que le terrorisme islamique mondial ne soit pas un danger grave ; bien sûr qu’il l’est. Je prétends plutôt que le langage utilisé pour transférer la nature de la menace est différent dans un pays comme l’Espagne - qui a aussi souffert d’attaques terroristes violentes - de celui en Amérique. Les citoyens espagnols savent qu’ils font face à une grave menace de la sécurité ; ce que nous croyons, en tant que citoyens américains, est que nous sommes menacés potentiellement par la fin de la civilisation telle que nous la connaissons. Evidemment, cela nous rend encore plus enclins à accepter des restrictions de nos libertés.

2. Créer un goulag

Une fois que vous avez terrorisé tout le monde, la prochaine mesure est de créer un système de prison en dehors de la loi
(comme Bush le dit, il voulait que le centre de détention américain de Guantanamo Bay soit situé dans un « espace extérieur » légal) - où la torture a lieu.

Au début, les gens qui sont envoyés là sont vus par les citoyens comme des étrangers : agitateurs, espions, « ennemis du peuple » ou « criminels. » Initialement, les citoyens tendent à soutenir le système de prison secret ; il les fait se sentir plus en sécurité et ils ne s’identifient pas avec les prisonniers. Mais suffisamment tôt, les leaders de la société civile - des membres de l’opposition, des activistes du travail, membres du clergé et journalistes - sont arrêtés et envoyés là également.

Ce processus a lieu dans des dérives fascistes
et des prises de mesures sérieuses antidémocratiques allant de l’Italie et l’Allemagne dans les années 1920 et 1930 jusqu’aux coups d’état de l’Amérique latine des années 1970 et après. C’est une pratique usuelle de supprimer une société libre ou d’écraser un soulèvement pro démocratique.

Avec ses prisons en Irak et en Afghanistan et bien sûr, Guantanamo à Cuba, où les détenus subissent des sévices, et sont gardés indéfiniment sans jugement et sans accès à un procès légal,
l’Amérique a maintenant certainement son goulag. Bush et ses alliés au Congrès ont annoncé récemment qu’ils ne diffuseraient aucune information sur les prisons secrètes des « sites noirs » de la CIA dans le monde, qui sont utilisées pour incarcérer des gens qui ont été arrêtés dans la rue.

Les goulags dans l’histoire tendent à se répandre, devenant toujours plus grands et plus secrets, toujours plus meurtriers et officialisés. Nous savons de récits, photos, vidéos et documents gouvernementaux de première main
que des gens, innocents et coupables, ont été torturés dans les prisons gérées par les Etats-Unis que nous connaissons et celles que nous ne pouvons investiguer de manière adéquate.

Mais les Américains supposent toujours que ce système et que les sévices des détenus concernent seulement des gens basanés inquiétants avec lesquels ils ne s’identifient généralement pas. C’était courageux de la part du spécialiste conservateur William Safire de citer le pasteur anti-nazi Martin Niemöller, qui avait été arrêté comme prisonnier politique : « D’abord ils sont venus pour les Juifs. » La plupart des Américains ne comprennent pas encore que la destruction de la règle de la loi à Guantanamo établit un dangereux précédent pour eux aussi.

D’ailleurs, l’établissement des tribunaux militaires qui refusent un procès légal aux prisonniers tend à arriver tôt dans une dérive fasciste. Mussolini et Staline ont créé de tels tribunaux. Le 24 avril 1934, les Nazis, aussi, ont créé le Tribunal du Peuple, qui contournait aussi le système judiciaire : les prisonniers étaient gardés indéfiniment, souvent isolés, et torturés, sans être accusés de fautes, et étaient sujets à des procès-spectacles. En fin de compte, les Tribunaux Spéciaux sont devenus un système parallèle qui met la pression sur les tribunaux réguliers pour abandonner la règle de la loi en faveur de l’idéologie nazie dans la prise de décisions.
 
(lire à ce propos la discution FEMA - CAMPS D'INTERNEMENT ???)
 PLUS DE 600 CAMPS D'INTENEMENTS, VIDES MAIS PARFAITEMENT ENTRETENUS, PRETS A L'EMPLOI AVEC VOIES DE CHEMINS DE FER, TRAINS EN ATTENTE, MIRADORS, CERCUEILS, ET REGLEMENS INTERIEURS MINUTIEUSEMENT PRE-ETABLIS, REPARTIS DANS TOUS LES U.S.A. ATTENDENT LEURS FUTURS PRISONNIERS.........Un avant gout :
Il existe de nombreuses autres vidéos de ces 600 mystérieux camps qui ont commencé à être construits sous CARTER
 
 3. Développer une caste de voyous



Quand les leaders qui cherchent ce que j’appelle une « dérive fasciste » veulent supprimer une société libre, ils envoient des groupes paramilitaires de jeunes hommes effrayants pour terroriser les citoyens. Les Chemises Noires erraient dans la campagne italienne en frappant les communistes ; les Chemises Brunes tenaient des réunions violentes dans toute l’Allemagne. Cette force paramilitaire est particulièrement importante dans une démocratie : vous avez besoin des citoyens pour craindre la violence des voyous et donc vous avez besoin de voyous qui peuvent agir en toute impunité.

Les années qui suivirent le 11 septembre se sont avérées être une mine d’or pour les entreprises travaillant dans le domaine de la sécurité en Amérique, avec l’administration Bush épuisant les zones de travail qui incombaient généralement à l’armée américaine. Dans le processus, des contrats se chiffrant en centaines de millions de dollars ont été passés pour des travaux de sécurité par des mercenaires dans le pays et à l’étranger. En Irak, certains de ces contractants ont été accusés d’implication dans la torture des prisonniers, le harcèlement des journalistes et le tir contre des civils irakiens. Sous l’Ordre 17, donné aux contractants réguliers en Irak par l’administrateur américain à Bagdad, Paul Bremer, ces contractants sont protégés de toutes poursuites.

Oui, mais c’est en Irak, vous pouvez dire ; cependant, 
après l’ouragan Katrina, le département de la Sécurité de la Patrie a engagé et déployé des centaines de gardes de sécurité privés armés à la Nouvelle-Orléans. Le journaliste d’investigation Jeremy Scahill a interviewé un garde anonyme qui a tiré, selon les rapports, sur des civils non armés dans la ville. C’était un désastre naturel qui était à l’origine de cet épisode - mais la guerre sans fin contre le terrorisme de l’administration signifie une étendue continue pour ce qui se trouve être dans les faits des armées sous contrats privés pour ramener la gestion de crise et d’urgence au pays dans les villes américaines.

Des voyous en Amérique ? Des groupes de jeunes Républicains en colère, habillé en chemises et pantalons identiques, ont menacé des scrutateurs comptant les votes en Floride en 2000. Si vous lisez l’histoire, vous pouvez imaginer que ce peut être un besoin d’ « ordre public » le prochain jour d’élection. Disons qu’il y a des protestations, ou une menace, le jour d’une élection ; l’histoire n’exclurait pas la présence d’une société de sécurité privée à un bureau de vote « pour rétablir l’ordre public. »

4. Mettre en place un système de surveillance


Dans l’Italie de Mussolini, dans l’Allemagne nazie, dans l’Allemagne de l’Est communiste, dans la Chine communiste - dans toute société fermée - la police secrète espionne les gens ordinaires et encourage les voisins à espionner leurs voisins. La Stasi n’avait besoin de garder sous surveillance qu’une minorité des Allemands de l’Est pour convaincre une majorité qu’ils étaient eux-mêmes surveillés.

En 2005 et 2006,
quand James Risen et Eric Lichtblau ont écrit dans le New York Times sur un programme d’Etat secret pour mettre les citoyens sur écoute téléphonique, lire leurs e mails et suivre les transactions financières internationales, il est devenu clair aux Américains ordinaires qu’ils pouvaient être aussi sous la surveillance de l’Etat.

Dans les sociétés fermées, cette surveillance est créée comme étant pour la « sécurité nationale » ; la véritable fonction est de garder les citoyens dociles et inhiber leur activisme et leur dissidence.


5. Harceler les groupes de citoyens


La cinquième chose que vous faites est liée à la 4e mesure - vous infiltrez et harcelez les groupes de citoyens. Ce peut être insignifiant : une église à Pasadena, dont le pasteur prêchait que Jésus était en faveur de la paix, s’est retrouvée investiguée par l’Internal Revenue Service (Service du Revenu Intérieur - NdT), tandis que les églises qui envoyaient voter des Républicains, ce qui est également illégal sous la loi des impôts américaine, ont été laissées tranquilles.

Un autre harcèlement est plus grave : l’American Civil Liberties Union rapporte que des milliers d’Américains ordinaires pacifistes, pour l’environnement et d’autres groupes ont été infiltrés par des agents : une base de données secrète du Pentagone comprend plus de quatre douzaines de meetings, rallyes et marches anti-guerre pacifiques par des citoyens américains dans sa catégorie des 1 500 « incidents suspects. » L’agence de Counterintelligence Field Activity (Cifa) du département de la Défense, également secrète, a rassemblé des informations sur des organisations intérieures engagées dans des activités politiques pacifiques : la Cifa est supposée traquer des « menaces terroristes potentielles » quand elle surveille les citoyens américains ordinaires activistes. Une nouvelle peu remarquée a redéfini comme du « terrorisme » l’activisme tel que les protestations pour les droits des animaux.

La définition de « terroriste » s’étend donc lentement pour inclure l’opposition.

 

 6. S’engager dans des détentions et des libérations arbitraires

Cela fait peur aux gens. C’est un genre de jeu du chat et de la souris. Nicholas D Kristof et Sheryl WuDunn, les reporters d’investigation qui ont écrit la Chine s’éveille : la lutte pour l’âme d’une puissance montante, décrivent les activistes pro démocratiques en Chine, tels que Wei Jingsheng, qui sont arrêtés et relâchés de nombreuses fois. Dans une société qui se ferme ou qui est fermée il y a une « liste » de dissidents et de chefs de l’opposition : vous êtes visé de cette manière, et une fois que vous êtes sur la liste, et il est difficile d’en sortir.

En 2004, l’administration de la Sécurité des Transports de l’Amérique a confirmé qu’elle avait une liste de passagers qui étaient visés pour des recherches de sécurité ou pire s’ils essayaient de se sauver. Les gens qui se sont trouvés sur la liste ? Deux femmes d’âge moyen activistes pour la paix à San Francisco ; le sénateur libéral Edward Kennedy ; un membre du gouvernement du Venezuela - après avoir critiqué le président Bush ; et des milliers de citoyens américains ordinaires.

Le professeur Walter F Murphy est professeur émérite à l’université de Princeton ; il est un des érudits de la constitution les plus importants dans la nation et auteur du classique Constitutional Democracy. Murphy est aussi un ancien Marine décoré, et il n’est même pas particulièrement libéral politiquement. Mais en mars de cette année, on lui a refusé une carte d’embarquement à Newark, « parce que j’étais sur la liste de surveillance des terroristes. » « Avez-vous été dans des marches pour la paix ? Nous interdisons à un tas de gens de prendre l’avion à cause de ça, » a demandé l’employé de la compagnie aérienne.

« J’ai expliqué, » a dit Murphy, « que je n’avais pas participé mais j’avais donné en septembre 2006 une conférence à Princeton, télévisée et mise sur Internet, hautement critique de George Bush pour ses nombreuses violations de la constitution. »

« Ca doit être ça, » a dit l’homme.
Marcheur pour la paix ? Terroriste potentiel. Soutient la constitution ? Terroriste potentiel. L’histoire montre que les catégories des « ennemis du peuple » tendent à s’étendre toujours plus profondément dans la vie civile.

James Yee, un citoyen américain, était l’aumônier musulman à Guantanamo qui fut accusé de mauvaise gestion des documents classifiés. Il fut harcelé par l’armée américaine avant que les accusations contre lui ne soient abandonnées. Yee a été en détention et relâché plusieurs fois. Il est toujours un objet d’intérêt.

Brandon Mayfield, un citoyen américain et avocat en Oregon, fut identifié par erreur comme un terroriste possible. Sa maison fut cambriolée secrètement et son ordinateur réquisitionné. Bien qu’il soit innocent de l’accusation portée contre lui, il est toujours sur la liste.

C’est une pratique standard des sociétés fascistes qu’une fois que vous êtes sur la liste, vous ne pouvez en sortir.

7. Viser les individus clefs


Menacer de licenciement les fonctionnaires, artistes et universitaires s’ils ne suivent pas la ligne. Mussolini poursuivit les recteurs des universités d’Etat qui ne se conformaient pas à la ligne fasciste ; Goebbels a fait de même, qui purgeait les universitaires qui n’étaient pas pro-Nazis ; Augusto Pinochet a fait de même ; Le Politburo communiste chinois a fait de même en punissant les étudiants et les professeurs pro-démocratie.

L’Académie est un lieu explosif de l’activisme, donc ceux cherchant une dérive fasciste punissent les universitaires et les étudiants par des pertes d’emplois s’ils ne se « coordonnent » pas idéologiquement, selon les termes de Goebbels. Puisque les fonctionnaires sont le secteur de la société la plus vulnérable pour être licencié par un régime donné, ils sont aussi un groupe que les fascistes « coordonnent » dès le début : la loi du Reich pour le rétablissement d’un service civil professionnel fut adoptée le 7 avril 1933.

Les supporters de Bush dans les législatures de plusieurs Etats ont mis la pression sur les régents dans les universités d’Etat pour pénaliser ou licencier les universitaires qui avaient été critiques envers l’administration. En ce qui concerne les fonctionnaires, l’administration Bush a fait dérailler la carrière d’un avocat militaire qui parlait de procès honnêtes pour les détenus, tandis qu’un fonctionnaire de l’administration intimidait publiquement les sociétés juridiques qui représentent les détenus pro Bono en menaçant d’appeler à ce que leurs clients d’entreprises majeures les boycottent.

D’autre part, une contractante de la CIA qui a dit dans un blog fermé que « le waterboarding est de la torture » fut privée de son certificat de sécurité dont elle avait besoin pour faire son travail.

Très récemment, l’administration a licencié huit procureurs américains pour ce qui semble être une loyauté politique insuffisante. Quand Goebbels a purgé le service civil en avril 1933, les procureurs furent « coordonnés » également, une mesure qui facilitait le chemin des lois de plus en plus brutales qui allaient suivre.

8. Contrôler la presse


L’Italie dans les années 1920, l’Allemagne dans les années 1930, l’Allemagne de l’Est dans les années 1950, la Tchécoslovaquie dans les années 1960, les dictatures de l’Amérique latine dans les années 1970, la Chine dans les années 80 et 90 - toutes les dictatures et les dictateurs en puissance visaient les journaux et les journalistes. Ils les menacent et les harcèlent dans des sociétés plus libres qu’ils cherchent à fermer, et ils les arrêtent et font pire dans les sociétés qui ont déjà été fermées.

Le Comité pour la protection des journalistes dit que les arrestations de journalistes américains sont à un niveau jamais atteint : Josh Wolf (pas de relation), un blogger de San Francisco, a été incarcéré pour un an pour avoir refusé de transmettre une vidéo d’une manifestation pacifiste ; la Sécurité de la Patrie a porté plainte contre le reporter Greg Palast, prétendant qu’il avait menacé « l’infrastructure critique » quand lui et un producteur de télévision filmaient des victimes de l’ouragan Katrina en Louisiane. Palast avait écrit un best-seller critique de l’administration Bush.

D’autres reporters et écrivains ont été condamnés d’autres manières. Joseph C Wilson a accusé Bush, dans un éditorial du New York Times, de mener le pays à la guerre sur la base d’une fausse accusation disant que Saddam Hussein s’était procuré de l’uranium au Niger. Sa femme, Valerie Plame, fut renvoyée comme espionne de la CIA - une forme de représaille qui a mis fin à sa carrière.

La persécution et la perte d’emploi ne sont rien, cependant, comparés à la manière dont les Etats-Unis traitent les journalistes cherchant à couvrir d’une manière impartiale le conflit en Irak.
Le comité de protection des journalistes a documenté de multiples comptes rendus de l’armée américaine en Irak tirant sur ou menaçant de tirer sur des reporters et des caméramans indépendants d’organisations allant de Al-Jazeera à la BBC. Bien que les occidentaux puissent mettre en doute les compte rendus de Al-Jazeera, ils devraient faire attention aux comptes rendus des reporters tels que Kate Adie de la BBC. Dans certains cas, les reporters ont été blessés ou tués, y compris Terry Lloyd de ITN en 2003. A la fois CBS et l’Associated Press en Irak eurent des membres capturés par l’armée américaine et emmenés dans des prisons violentes ; les entreprises de reporters étaient incapables de voir l’évidence contre leurs membres.

Au fil du temps dans les sociétés en train de se fermer, les nouvelles réelles sont supplantées par de fausses nouvelles et de faux documents. Pinochet a montré aux citoyens chiliens des documents falsifiés pour soutenir sa revendication que des terroristes avaient été sur le point d’attaquer la nation. La charge d’uranium, aussi, était basée sur de faux documents.

Vous n’aurez pas un arrêt des nouvelles dans l’Amérique moderne - ce n’est pas possible. Mais vous pouvez avoir, comme Frank Rich et Sidney Blumenthal l’ont fait remarquer, un flot continu de mensonges polluant bien les nouvelles. Ce que vous avez déjà est une Maison Blanche dirigeant un flot de fausses informations qui est si implacable qu’il est de plus en plus difficile de séparer la vérité du mensonge. Dans un système fasciste, ce ne sont pas les mensonges qui comptent mais le fait de rendre les choses confuses. Quand les citoyens ne peuvent plus discerner les vraies nouvelles des fausses, ils abandonnent leurs réclamations de responsabilité morceau par morceau.

9. Différence d’opinion égale trahison

Présenter la différence d’opinion comme de la « trahison » et la critique comme de « l’espionnage ». Toute société cloisonnée fait cela, tout comme elle élabore des lois qui criminalisent de plus en plus certains types de discours, et élargissent la définition « d’espion » et de « traître ». Lorsque Ben Keller, l’éditeur du New York Times, publia les histoires de Lichtblau/Risen, Bush qualifia de « scandaleuses » la divulgation par le Times de ces informations classées, tandis que les républicains au Congrès réclamaient que Keller soit inculpé de trahison et que les commentateurs de droite et les médias continuaient leur matraquage sur la « trahison ». Certains commentateurs, fit remarquer Conason, rappelèrent aux lecteurs d’un ton suffisant que l’une des peines prévues pour la violation de la Loi sur l’Espionnage était l’exécution.


Conason fait bien de noter à quel point cette attaque représentait une menace sérieuse. Il est également important de se rappeler que le procès spectacle de 1938 à Moscou accusa l’éditeur d’Izvestia, Nikolaï Boukharine, de trahison ; et Boukharine fut, en effet, exécuté. Et il est important de rappeler aux Américains que lorsque la Loi de 1917 sur l’Espionnage fut pour la dernière fois largement invoquée lors des tristement célèbres Raids Palmer de 1919, des activistes de gauche furent arrêtés sans mandat d’arrêt au cours de grandes rafles, maintenus en prison pendant cinq mois, et « battus, affamés, suffoqués, torturés et menacés de mort », selon l’historienne Myra MacPherson. Après cela, la différence d’opinion fut réduite au silence en Amérique, pendant une décennie.

Dans l’Union soviétique de Staline, les dissidents étaient « les ennemis du peuple ». Les national-socialistes qualifiaient de « traîtres de novembre » ceux qui soutenaient la démocratie de Weimar.

Et c’est là que le cercle se referme : la plupart des Américains ne se rendent pas compte que
depuis septembre dernier - lorsque le Congrès a, à tort et de façon stupide, passé la Loi de 2006 sur les commissions militaires - le président a le pouvoir de qualifier tout citoyen américain de « combattant ennemi ». Il a le pouvoir de définir ce que signifie « combattant ennemi ». Le président peut aussi conférer le droit à quiconque, dans la branche exécutive, de définir « combattant ennemi » de la façon dont il ou elle le souhaite, et ensuite de faire arrêter des Américains sur cette base.

Même si vous et moi sommes des citoyens américains, même s’il s’avère que nous sommes complètement innocents de ce dont il nous accuse, il a le pouvoir de nous faire arrêter dès demain, alors que nous changeons d’avion à Newark, ou de nous embarquer d’un simple coup frappé à notre porte ; de nous envoyer, vous et moi, sur un vaisseau de la marine ; et de nous maintenir, vous et moi, dans l’isolation, peut-être pendant des mois, en attendant d’être jugé. (L’isolation prolongée, comme le savent les psychiatres, déclenche une psychose chez des prisonniers normalement sains mentalement. C’est pourquoi le goulag de Staline comprenait une cellule d’isolation, comme celui de Guantanamo, dans chaque prison satellite. Le camp 6, l’installation la plus récente et la plus brutale de Guantanamo, ne jure que par les cellules d’isolation).

En tant que citoyens américains, nous finirons par être jugés - pour l’instant. Mais les activistes des droits civiques du Centre pour les droits constitutionnels disent que l’administration Bush tente de plus en plus, de façon agressive, de trouver des moyens de contourner le droit des citoyens américains à un procès équitable. Le statut de « combattant ennemi » est un délit de statut - ce n’est même pas quelque chose que l’on doit avoir fait. « Nous sommes complètement passé à un modèle de détention préventive - vous avez l’air de quelqu’un qui pourrait faire quelque chose de mal, vous pourriez faire quelque chose de mal, alors on va vous garder à vue », raconte une porte-parole du CDC.

Il est sûr que la plupart des Américains ne comprend pas cela… pas encore. Pas étonnant : c’est difficile à croire, même si c’est vrai. Dans toutes les sociétés cloisonnées, à un certain stade, des arrestations ont lieu - habituellement celles de leaders de l’opposition, du clergé et des journalistes. Puis, tout se calme. Après ces arrestations, on trouve encore des journaux, des tribunaux, la TV et la radio, et la façade d’une société civile. C’est juste qu’il n’y a pas de véritable contestation. C’est juste qu’il n’y a pas de liberté. Si on regarde l’Histoire, nous en sommes actuellement au point se situant juste avant ces arrestations.

10. Suspension de l’autorité de la loi

La Loi John Warner de 2007 sur l’autorisation de la défense a donné au président de nouveaux pouvoirs sur la garde nationale. Cela signifie qu’en cas d’urgence nationale - le président a maintenant le pouvoir de déclarer un état d’urgence - il peut envoyer la milice du Michigan pour renforcer un état d’urgence qu’il a déclaré dans l’Oregon, passant outre les objections du gouverneur de l’État et de ses citoyens.

Même au moment où les Américains étaient focalisés sur les malheurs de Britney Spears et la question du père du bébé d’Anna Nicole Smith, le New York Times exprima une opinion sur ce glissement : « Un phénomène récent et inquiétant à Washington est que les lois qui frappent au cœur de la démocratie américaine ont été passées en pleine nuit…
Au-delà d’une réelle insurrection, le président peut maintenant utiliser des troupes militaires comme force de police intérieure en réponse à un désastre naturel, une épidémie, une attaque terroriste ou toute « autre condition ».

Les critiques voient cela comme une violation flagrante de la Loi Posse Comitatus - dont le but était de restreindre l’utilisation par le gouvernement fédéral de l’armée pour faire imposer la loi civile. Le sénateur démocrate Patrick Leahy dit que la loi encourage un président à déclarer la loi martiale fédérale. Elle viole aussi la raison même pour laquelle les fondateurs élaborèrent ce système particulier de gouvernement : ayant vu des citoyens menacés par les soldats d’un monarque, les fondateurs étaient tout à fait terrifiés par ce type de concentration du pouvoir des milices, pouvoir exercé sur le peuple américain entre les mains d’une faction directoriale ou oppressive.

Bien sûr, les Etats-Unis ne risquent pas l’effondrement violent et total du système qui suivit l’entrée de Mussolini dans Rome ni la rafle des prisonniers politiques par Hitler. Nos habitudes démocratiques sont trop résistantes, et notre système judiciaire trop indépendant, pour imaginer ce genre de scénario.

En fait, ainsi que le remarquent d’autres critiques, notre essai dans la démocratie risquerait plutôt de s’effondrer par un processus d’érosion.


Il est erroné de penser qu’au début d’un glissement fasciste, on voit se dessiner contre le ciel le contour des fers barbelés. Les premiers temps, tout semble normal à la surface ; les paysans célébraient les festivités des récoltes en Calabre en 1922 ; les gens faisaient du shopping et allaient au cinéma à Berlin an 1931. Au début, tel que le décrit W.H. Auden, l’horreur est toujours ailleurs - pendant qu’une personne se fait torturer, les enfants font du patin à roulettes, les bateaux naviguent sur l’eau : « les chiens continuent à mener leur vie de chien… comme tout se détourne/De la catastrophe sans se presser ».

Tandis que les Américains se détournent sans se presser, se consacrant au shopping sur Internet et à American Idol, les fondations de la démocratie se détériorent de façon irréversible. Quelque chose a changé profondément, quelque chose qui nous affaiblit comme jamais auparavant : nos traditions démocratiques, notre système judiciaire indépendant et la presse libre font aujourd’hui leur travail dans un contexte « de guerre », une « longue guerre » - une guerre sans fin, sur un champ de bataille décrit comme le globe terrestre, dans un contexte qui donne au président - sans que les citoyens américains ne le réalisent encore - le pouvoir de liberté ou de longue incarcération solitaire sur ces mêmes citoyens, parce que lui seul l’a décidé.


Cela signifie qu’un vide est en train de s’étendre sous les fondations de toutes ces institutions qui ont encore l’apparence de liberté - et ces fondations peuvent céder sous certaines pressions. Afin de prévenir une telle issue, il nous faut penser en termes de « et si ».

Et si, dans un an et demi, il y a une autre attaque - disons, Dieu nous en préserve, une méchante bombe ? L’exécutif peut déclarer un état d’urgence. L’Histoire montre que n’importe quel leader, de n’importe quel parti, sera tenté de maintenir les pleins pouvoirs après la crise. Avec la destruction des freins et contrepoids traditionnels, nous ne sommes pas moins en danger avec une présidente Hillary qu’avec un président Giuliani - parce que n’importe quel exécutif sera tenté d’imposer sa volonté par des décrets plutôt que par le processus ardu et incertain de la négociation et du compromis démocratiques.

Et si l’éditeur d’un grand journal US était inculpé de trahison ou d’espionnage, ce dont un effort venu de la droite semblait menacer Keller l’an dernier ? Et s’il est condamné à 10 ans de prison ? À quoi ressembleraient les journaux le lendemain ? À en juger par l’Histoire, leur publication ne s’interromprait pas ; mais ils deviendraient soudainement très polis.

À l’heure actuelle, seule une poignée de patriotes tentent de retenir la vague de tyrannie pour le reste d’entre nous - le personnel du Centre des Droits Constitutionnels, qui a subi des menaces de mort pour avoir représenté les détenus, a pourtant tenu bon jusqu’à la Cour suprême ; les activistes de l’Union des libertés civiles américaines ; et des conservateurs éminents tentant de réduire les nouvelles lois destructrices, sous la bannière d’un nouveau groupe du nom d’American Freedom Agenda.
Cette petite collection disparate de gens a besoin de l’aide de tous, y compris de celle des Européens et des autres nations du monde désireuses de mettre la pression sur l’administration, parce qu’ils voient ce qu’une Amérique non bridée par une véritable démocratie interne peut signifier pour le reste du monde.

Nous devons regarder l’Histoire et faire face aux « et si ». Car si nous continuons sur cette pente, la « fin de l’Amérique » pourrait survenir pour chacun d’entre nous de manière différente, à un moment différent ; chacun de nous pourrait à un moment différent être forcé de regarder en arrière et de penser : avant, c’était comme ça - et maintenant, c’est comme ça.

« L’accumulation de tous les pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, entre les mêmes mains… est la même définition de la tyrannie », écrivait James Madison. Nous avons encore le choix de stopper la descente ; nous pouvons tenir notre position et nous battre pour notre nation, et reprendre la bannière que les fondateurs nous demandèrent de porter.


Naomi Wolf

Article original en anglais,THE GUARDIAN
Fascist America, in 10 easy steps, 24 avril 2007.
Traduction française: SOTT

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Naomi Wolf et la fin de l’Amérique

Publié chez onegus

Naomi Wolf est en pointe dans la dénonciation de la dérive fasciste des Etats-Unis. Son nouvel ouvrage, “The End of America: A Letter of Warning To A Young Patriot”, est sorti aux Etats-Unis chez Chelsea Green. Naomi Wolf y développe les thèmes abordés au mois d’avril dernier dans un article paru dans les pages du journal anglais “The Guardian” et qui, intitulé “L’Amérique fasciste en dix mesures faciles”, avait fait déjà grand bruit.

Voici une conférence donnée par Naomi Wolf devant les étudiants du campus de la University of Washington le 11 octobre 2007 (en anglais en attendant un prochaine traduction sur reopen?), suivie d’un texte paru il y a quelques jours dans le Huffingtonpost et intitulé “Les larmes de l’Amérique” puis de la traduction du fameux article du Guardian.


“The End of America”- Talk by Naomi Wolf at University of Washington

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Les larmes de l’Amérique
Naomi Wolf
11 octobre 20017,
The Huffington Post

 Depuis quelques mois je parcours l’Amérique, du Colorado à la Californie, et je parle avec des Américains de toutes les couches de la société sur les questions des libertés, sur les attaques qu’elles subissent en ce moment et sur le programme en dix étapes qui est en cours pour faire de ce pays une société fermée et répressive.

La bonne nouvelle est que les Américains se sont réveillés et sont conscients des dangers qui les guettent.

Quand je me suis mis en route je pensais que j’allais affronter de l’opposition, de la résistance ou au moins de l’incrédulité quand je parlerais de l’obscurité qui s’étend lentement sur notre pays et l’héritage de liberté que nous ont légué nos ancètres.

Mais je me retrouve à parler devant des assemblées qui n’ont pas besoin de moi pour être inquiètes. Des gens qui ont peur, qui ont perçu depuis longtemps le danger qui grandit et la société qui se prépare.

A mon grand soulagement, j’ai redécouvert une société américaine qui est intelligente et alerte, courageuse et indomptable, des gens qui n’ont pas peur d’entendre des mauvaises nouvelles et d’agir en conséquence. Et ce sont des patriotes, des vrais, qui aiment leur pays à cause des valeurs sur lesquelles il a été construit.

Mais je suis écorchée vive par les histoires que l’on vient me raconter lors de ces réunions. Et je n’arrive plus à lire mes mails ces derniers temps, tellement ils sont pleins de témoignages effarants.

Et partout où je vais, il y a toujours, au moins une fois par jour, une personne dans l’assemblée qui se lève pour parler. Elle a toujours l’air solide et forte, courageuse… et soudain elle va se mettre à pleurer, submergée par la peur, au beau milieu de son témoignage.

L’autre jour, à Boulder, une jeune mère de deux deux enfants, la trentaine, l’image même de la jeune américaine dynamique, s’est effondrée alors qu’elle me parlait : “Je suis outrée par tout ce que j’entends et vois, je voudrais tellement faire quelque chose ! Mais j’ai tellement peur. Je regarde mes enfants et j’ai peur. Comment lutter contre cette peur qu’ils ont plantée en nous ? Qu’est ce qui est mieux pour l’avenir et la sécurité de mes enfants ? Est-ce que je dois agir et tenter de changer les choses ou bien me taire et ne pas me faire remarquer ? J’ai tellement peur de me retrouver fichée quelque part.“

A Washington DC, la semaine dernière, un directeur de service dans une administration, ancien joueur de foot, beau gosse, probablement membre du Parti Républicain, m’a confié, loin des micros, qu’il avait peur de signer le papier autorisant le FBI d’accéder à toutes les informations le concernant, comme l’y encourage l’agence anti-terroriste. “Mais en même temps, j’ai peur de ne pas le signer, si je ne le fais pas, je risque de perdre mon boulot, ma maison… c’est comme en Allemagne lors du fichage des fonctionnaires” me dit-il d’une voix résignée.

Ce matin, à Denver, j’ai parlé pendant plus d’une heure avec un très haut et très courageux gradé de l’armée, hautement décoré qui s’est retrouvé sur la liste des personnes surveillées (et interdites de prendre l’avion) parce qu’il a critique la politique de l’Administration Bush. Il m’a montré des documents qui prouvent que non seulement il est surveillé par les services secrets mais que toute sa famille est également espionnée et harcelée. Tout au long de sa carrière militaire, cet officier a mené de nombreuses missions très dangereuses au service de son pays, mais aujourd’hui, quand il me parle de sa crainte que ses enfants soient harcelés par le gouvernement à cause de ses opinions, sa voix se brise.

Ailleurs je suis abordé par un avocat qui travaillait pour le Ministère de la Justice. Un jour elle s’est opposée à “l’interrogatoire musclé” d’un détenu qui subissait une technique reconnue comme étant de la torture. Non seulement elle s’est retrouvée devant une commission de discipline mais en plus elle a été sujette à une enquête criminelle, a perdu de l’avancement, a vu son ordinateur fouillé et ses mails effacés… et maintenant elle est sur la liste noire et ne peut plus prendre l’avion.

Lors d’une conversation dans une soirée un technicien informatique travaillant pour une grande compagnie aérienne - et qui ne fait pas mystère de sa sympathie pour le Parti Républicain - m’explique qu’une fois que vous êtes sur la liste, il est impossible d’en sortir. “Même si on te dit que ton nom est effacé, ce n’est pas vrai, nous avons un système double qui n’efface jamais rien.”

Elisabeth Grant, de la coalition contre la guerre, a montré lors d’une conférence de presse la note manuscrite et le petit drapeau américain retrouvé dans sa valise après un voyage en avion. La note disait que l’agence anti-terroriste n’appréciait pas ses lectures.

Comme à l’époque du Mur de Berlin, quand je fais le queue pour me faire fouiller dans les aéroports, je me surprends à passer une nouvelle fois en revue le contenu de mon sac.

L’autre jour, à New-York, je me suis fait violence en jetant à la poubelle un exemplaire du dernier livre de Tara McKelvey “Monstering” que j’étais entrain de lire. Cet excellent ouvrage dénonce les pratiques d’interrogation utilisées par la CIA. Malgré le fait que j’avais acheté le livre dans une librairie grand public en ville… on ne sait jamais, il contient des informations “classifiées” et on pourrait m’accuser de faire le jeu des terroristes en les lisant.
(…)
Dans mon Amérique à moi, celle qu’on m’a apprise à l’école, on ne se comporte pas comme ça.
(…)
Et tout le monde me pose la même question : que pouvons nous faire ?

Cette avalanche de témoignages d’abus et d’atteintes aux libertés des citoyens américains montre clairement qu’un réseau criminel et de surveillance est entrain de prendre de plus en plus de citoyens innocents dans ses filets. Il est évident que ceci n’a rien à voir avec la démocratie — ni même avec l’habituelle corruption de la démocratie. Et il est clair que nous aurons besoin d’une action plus énergique que de simplement envoyer des lettres à notre député.

Les gens qui viennent témoigner ne sont pas des illuminés anarchistes, Ils sont de toutes les obédiences politiques, conservateurs, apolitiques, progressistes. La première régle d’une société en cours de fermeture ou bien déjà fermée est que ton alignement avec le parti politique au pouvoir ne te protège en rien; dans un véritable état policier, personne n’est à l’abri.

Je lis mon journal le matin et je n’en reviens pas :

Sept soldats ont publié une lettre dans le New York Times pour critiquer la guerre : peu de temps après, deux sont morts dont un d’une balle dans la tête tirée à bout portant.

Une femme comptable de l’armée qui voulait dénoncer les abus et détournements financiers est morte dans son baraquement, abattue d’une balle dans la tête, ici aussi à bout portant.

Pat Tillman, qui avait écrit un mail à un ami où il envisageait de dénoncer des crimes de guerre dont il avait été témoin : une balle dans la tête.
Donald Vance, un employé de l’armée qui avait dénoncé des trafics d’armes au sein de l’armée en Irak — kidnappé par des soldats US à l’intérieur même de l’Ambassade US de Bagdad et enfermé et torturé pendants des semaines sur une base militaire US, sans accès à un avocat — et officiellement menacé des pires représailles s’il parlait à quiconque à son retour au pays.

Et dans le dernier numéro de Vanity Fair un sous-traitant de l’armée qui avait dénoncé des malversations raconte qu’il a été kidnappé par des soldats US masqués et armés, passé à tabac toute une nuit dans un préfabriqué avant d’être expulsé d’Irak le lendemain. L’administration militaire a refusé d’entendre sa plainte et l’a fait éjecter du bureau.

Ce matin le New York Times écrit que le Département d’Etat (employeur des mercenaires de Blackwater USA) refuse officiellement de coopérer avec le Ministère de la Justice ou le FBI dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de 17 civils irakiens innocents. La Maison Blanche soutien l’attitude méprisante du Département d’Etat vis à vis de la justice de ce pays.

Ce n’est pas une information anodine. Mes lecteurs qui ont retenu quelque choses de l’histoire du XXè Siècle seront horrifiés mais pas surpris. La “Deuxième Etape” de la fermeture d’une société ouverte est la démonstration par l’Etat aux citoyens que la force paramilitaire est au dessus des lois du pays et que la loi ne peut donc plus servir de refuge à la dissidence.

En permettant au FBI et à la CIA d’arrêter n’importe quel citoyen américain et de le priver de ses droits légaux, le Ministre de la Justice a fait comprendre aux citoyens américains une leçon très simple : Nul d’entre vous n’est à l’abri de l’arbitraire d’Etat. Nous pouvons venir comme cela nous chante, enfoncer votre porte et vous faire disparaître pour toujours… en toute légalité.

(…)Si l’administration de ce pays annonce publiquement qu’elle ne sanctionnera pas les agissements criminels de ses propres employés en Irak et fera obstacle à la justice — alors est ce que les députés du Congrès auront le courage d’affronter les agissements similaires de Blackwater quand cette société remportera le contrat qu’elle convoite, celui de la sécurité intérieure aux Etats-unis ?

Ou bien cette force paramilitaire et protégée par l’Etat sera t’elle assez puissante pour intimider nos représentants — et nous mêmes ?

Est-ce que nous oserons encore manifester dans la rue si nous savons que nous risquons de recevoir le même traitement que les civils de Bagdad, mitraillés depuis des hélicoptères de Blackwater ? Est-ce qu’un député osera proposer une loi contre Blackwater s’il sait qu’il peut se faire tuer d’une balle dans la tête, en toute impunité ?

(…) N’oubliez pas que, dans la situation actuelle, le Department of Homeland Security a le droit légal de déployer les mercenaires de la société Blackwater dans votre ville dès ce soir. (…)

Article original en anglais, American
Tears
, octobre 2007.

Traduction: Grégoire Seither.


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FASCHISME CHRETIEN : LA FIN DE LA DEMOCRATIE AMERICAINE ET DE LA DEMOCRATIE TOUT COURT II


 

La montée du fascisme chrétien et sa menace pour la démocratie US

 

Charles Saint-Prot : « Les services secrets et les néo-conservateurs instrumentalisent les Églises évangéliques »



« Il y a une importante activité de pénétration des Églises évangéliques dans le monde arabe afin de soutenir les politiques états-uniennes dans la région », a expliqué Charles Saint-Prot, lors de la conférence internationale Axis For Peace, organisée par le Réseau Voltaire, les 17 et 18 novembre 2005 à Bruxelles. Directeur de l’Observatoire d’études géopolitiques et spécialiste du monde arabe, Charles Saint-Prot s’est inquiété de l’action de ces Églises en Irak qui poussent le pays à devenir exclusivement musulman. « Les Églises évangéliques se tournent vers les communautés chrétiennes du monde arabe, les convertissent et leur conseillent de s’exiler, notamment d’Irak. Ils fournissent des aides au départ à des populations qui, comme toutes les autres communautés d’Irak, souffrent de l’invasion et de l’insécurité qu’elle développe. L’objectif est de construire, à la place des sociétés polyreligieuses, un monde exclusivement musulman qu’il est plus facile de dénoncer dans le cadre de la rhétorique du "clash des civilisations". »

Revenant sur les liens entre les Églises évangéliques et les services de renseignement états-uniens, M. Saint-Prot a déclaré : « Dans l’appareil d’État états-unien, il y a une relation ambivalente avec les Églises évangéliques. D’un côté, on a des personnes comme George W. Bush qui sont sincèrement convaincues par les prêtres de ces Églises et qui ont foi en leurs préceptes. Mais de l’autre côté, les services secrets et les néo-conservateurs instrumentalisent les Églises évangéliques et les utilisent pour parvenir à leurs fins géostratégiques. »
« Les États-Unis ont un comportement et une approche semblables à celle d’une puissance européenne dans les années 30 », a continué M. Saint-Prot. Une approche totalitaire mise en œuvre par un cercle réduit de néoconservateurs et de fondamentalistes chrétiens qui viennent à constituer une sorte « d’État dans l’État ». Les pressions exercées sur la Syrie participent notamment d’une volonté globale de « mettre les Arabes à genoux pour les contraindre à négocier des accords de paix avec Israël ». Les États-Unis ont utilisé la même rhétorique que pour l’Irak en accusant la Syrie d’encourager le terrorisme, de chercher à se doter d’armes de destruction massive, puis d’être la porte d’entrée des combattants étrangers en Irak. Or comme le souligne M. Saint-Prot, « les combattants étrangers en Irak sont les soldats britanniques et états-uniens et leurs mercenaires ». La France, dans un revirement spectaculaire et inexpliqué de sa politique étrangère, s’est alliée aux États-Unis pour la circonstance.

 Voltairenet.org

Réseau de presse non-alignée

   

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La montée du fascisme chrétien

et sa menace pour la démocratie

US et au delà des mers

Par Chris Hedges

Nous devons nous occuper de la montée des injustices sociales et économiques afin d'arrêter le mouvement de masse le plus dangereux de l'histoire des USA -- ou faire face à un futur fasciste sous des dehors de valeurs chrétiennes.
Le Dr. James Luther Adams, mon professeur d'éthique à Harvard Divinity School, a dit à ses étudiants que quand nous aurons son âge -- il avait alors près de 80 ans -- nous devrons tous combattre les « fascistes chrétiens. »

L'avertissement, donné il y a 25 ans, est arrivée au moment où Pat Robertson et d'autres évangélistes de la radio et de la télévision ont commencé à parler au sujet d'une nouvelle religion politique qui dirigerait ses efforts vers la prise de contrôle de toutes les institutions, dont les principaux cultes et le gouvernement. Son but déclaré était d'utiliser les Etats-Unis pour créer un empire chrétien mondial. Cet appel aux fondamentalistes et aux évangélistes pour qu'ils prennent le pouvoir politique était une mutation radicale et de mauvaise augure du christianisme traditionnel. Il était difficile, à cette époque, de prendre au sérieux une rhétorique aussi énorme, surtout à cause de la bouffonnerie de ceux qui l'exposait. Mais Adams nous a avertis contre l'aveuglement provoqué par le snobisme intellectuel. Les nazis, dit-il, n'allaient pas revenir avec les svastikas et les chemises brunes. Leurs héritiers idéologiques ont trouvé dans les pages de la bible un masque pour le fascisme.

Il n'était pas homme à utiliser le mot fasciste à la légère. Il se trouvait en Allemagne de 1935 à 1936, et il avait travaillé avec l'église souterraine anti-nazie, connue sous le nom d'Église de la Confession, guidée par Dietrich Bonhoeffer. Adams a été par la suite détenu et interrogé par la Gestapo, qui lui a suggéré de réfléchir à retourner aux USA. C'est une suggestion qu'il a suivie. Il est parti en train de nuit avec des portraits encadrés d'Adolf Hitler placés sur le contenu de ses valises pour cacher les rouleaux de films faits maison qu'il avait pris de la soi-disant Église Chrétienne Allemande pro-nazie
, et des quelques individus qui bravaient les nazis, comme les théologiens Karl Barth et Albert Schweitzer. La ruse a marché quand la police des frontières a ouvert les valises, vu les portraits du Führer et les ont refermées. J'ai observé des heures durant les films en noir et blanc granuleux pendant qu'il racontait dans son appartement à Cambridge.

Adams a compris que les mouvements totalitaires se construisent sur le profond désespoir personnel et économique. Il a averti que l'exode des emplois industriels, l'appauvrissement de la classe ouvrière étasunienne, l'effacement physique des communautés dans la très grande extension de l'urbanisation sans âme et la ceinture de rouille qui se délabre, étaient en train de déformer rapidement notre société. L'assaut actuel contre la classe moyenne, qui vit maintenant dans un monde dans lequel quelque chose pouvant être mis sur logiciel peut être externalisé, serait terrifié par lui. Les histoires que beaucoup dans ce mouvement m'ont racontées au cours des deux dernières années, pendant que je travaillais sur « Fascistes Étasuniens : La droite chrétienne et la guerre contre les USA », étaient des histoires de ces échecs -- personnels, communaux et souvent économiques. Ce désespoir, dit Adams, donnera du pouvoir aux rêveurs dangereux -- à ceux qui aujourd'hui bombardent les ondes hertziennes avec un utopisme idéaliste et religieux qui promet, par la purification apocalyptique violente, d'extirper l'ancien monde scandaleux qui a mis en échec beaucoup d'étasuniens.

Ces utopistes chrétiens promettent de remplacer ce vide interne et externe par un monde mythique où, le temps s'arrêtant, tous les problèmes seront résolus. Le désespoir montant en ondulant à travers les USA, celui dont j'ai été témoin à plusieurs reprises pendant que je voyageais dans le pays, reste ignoré par le parti Démocrate, qui a abandonné la classe ouvrière, comme ses homologues républicains, pour le financement massif d'entreprises.

La droite chrétienne a leurré des dizaines de millions d'étasuniens, qui se sentent à juste titre abandonnés et trahis par le système politique, basé sur la magie au lieu de la réalité du monde -- aux visions fantastiques d'anges et de miracles, à une croyance enfantine que Dieu a un plan pour eux et que Jésus les guidera et les protégera. Cette mythologique vue mondiale, n'ayant aucun usage de la science ou de l'enquête intellectuelle impartiale et honnête, promettant que la perte du travail et de l'assurance maladie est sans importance, tant que vous êtes droit avec Jésus, présente un monde à la cohérence mensongère qui s'adresse aux désirs affectifs des disciples désespérés aux dépens de la réalité. Cela crée un monde où les faits deviennent interchangeables avec les opinions, où les mensonges deviennent vrais -- l'essence même de l'état totalitaire. Cela inclut un obscur permis de tuer, de détruire tout ceux qui ne se conforment pas à cette vision, depuis les Musulmans du Moyen-Orient jusqu'à ceux dans notre pays qui refusent de se plier au mouvement. Et cela donne opportunément les pleins pouvoirs à une oligarchie rapace dont le dieu est le profit maximum aux dépens des citoyens.
Nous vivons maintenant dans une nation où les 1 pour cent d'en haut contrôlent plus de richesse que les 90 pour cent d'en bas réunis, où nous avons légalisé la torture et pouvons enfermer les citoyens sans procès. Arthur Schlesinger, dans « Les cycles de l'histoire étasunienne, » a écrit que « les grands âges religieux étaient remarquables pour leur indifférence envers les droits de l'homme au sens actuel -- non seulement pour leur assentiment à la pauvreté, à l'inégalité et à l'oppression, mais aussi pour leur enthousiaste justification de l'esclavage, de la persécution, de la torture et du génocide. »

Longtemps avant nous, Adams a vu dans la droite chrétienne des similitudes dérangeantes avec l'église chrétienne allemande et le parti nazi, des similitudes qui, dit-il, en cas d'instabilité sociale prolongée ou de crise nationale, verront les fascistes étasuniens se lever sous l'apparence de religion pour démanteler la société publique. Il se désespère des libéraux US, qui, dit-il, comme en Allemagne nazie, disent du bout des lèvres des platitudes stupides au sujet du dialogue et de tout ce qui les ont rendus inefficaces et impuissants. Les libéraux, dit-il, n'ont pas compris le pouvoir et l'attrait du mal ou la réalité froide du fonctionnement du monde. Les Démocrates se tordant les mains actuellement, avec beaucoup se demandant comment ils peuvent tendre la main à un mouvement dont les leaders les fustigent de « démoniaques » et de « sataniques, » n'auraient pas étonné Adams. Comme Bonhoeffer, il ne croyait pas que ceux qui combattraient efficacement dans le temps de troubles à venir, un combat qui pour eux était partie intégrante du message biblique, viendraient de l'église ou des libéraux de l'élite laïque.
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Sa critique des éminentes universités de recherche, avec les médias, n'était rien de moins que du mépris. Ces institutions, égocentriques, compromises par leur rapport étroit avec le gouvernement et les sociétés, ayant donné assez de pâté en croûte (sic) pour être très satisfaites, étaient peu disposées à traiter des questions morales fondamentales et des injustices de l'époque. Elles n'avaient pas le cœur à une bataille qui pourrait leur coûter leur prestige et leur confort. Il m'a dit, en plaisantant à moitié je pense, que si les nazis prenaient le pouvoir aux USA « 60 pour cent du corps enseignant de Harvard commencerait ses conférences par le salut nazi. « Mais ce n'était pas non plus une abstraction. Il avait observé des professeurs à l'Université d'Heidelberg, dont le philosophe Martin Heidegger, levant le bras avec raideur devant les étudiants de la classe.
Deux décennies plus tard, même devant la montée de l'impact de la droite chrétienne, sa prévision paraît apocalyptique. Mais les personnages influents de la droite chrétienne se sont déplacés des franges de la société au plancher de la Chambre des Représentants et du Sénat. Avant les dernières élections, 45 sénateurs et 186 membres de la Chambre ont obtenu des taux d'approbation de 80 à 100 pour cent des trois groupes de défense de la droite chrétienne les plus influents -- Christian Coalition, Forum Eagle, et Family Resource Council. Le président Bush a remis des centaines de millions de dollars d'aide fédérale à ces groupes et il a démantelé des programmes fédéraux en science, [sur les] droits de reproduction et la recherche pour le SIDA afin de rendre hommage à la pseudo-science et au charlatanisme de la droite chrétienne.

Je suspecte que Bush veuille alerter pour ne pas être plus qu'un médiocre personnage de transition, notre version de Otto von Bismarck -- qui a aussi usé de « valeurs » pour stimuler sa base à la fin du 19ème siècle et a lancé le « Kulturkampf, » mot que nous rendons par guerres de civilisation, contre les catholiques et les juifs. Les attaques de Bismarck, qui ont clivé l'Allemagne et ont fait le discrédit d'une partie recevable du discours civil de fractions entières de la société, ont préparé le terrain pour le racisme le plus virulent et la répression nazie.
La droite chrétienne radicale, qui réclame un « État Chrétien » -- où des fractions entières de la société étasunienne, des homosexuels et des lesbiennes, aux libéraux, aux immigrés, aux artistes, aux intellectuels, n'auront aucune légitimité et seront réduits, au mieux, à une citoyenneté de deuxième classe --, attend une crise, une désintégration économique, une autre frappe terroriste catastrophique, ou une série de désastres environnementaux. Une période d'instabilité leur permettra de faire passer leur ordre du jour radical, celui qui sera vendu au public étasunien effrayé comme le retour à la sécurité, à la loi, et à l'ordre, en plus de la pureté morale et de la prospérité. Ce mouvement -- le mouvement de masse le plus dangereux de l'histoire étasunienne -- ne sera pas émoussé tant que la croissance des injustices sociales et économiques qui anéantissent cette nation ne seront pas abordées, tant que des dizaines de millions d'étasuniens, maintenant enfermés dans des systèmes hermétiques d'endoctrinement par la télévision et la radio chrétienne, en plus des écoles chrétiennes, ne seront pas réincorporées dans la société US avec un futur, celui avec de l'espoir, des salaires suffisants, la sécurité d'emploi et l'aide généreuse de la Fédération et de l'État.

La destruction effrénée des États-Unis, qui se poursuit avec la bénédiction des deux partis politiques, présage non seulement de la mise a pouvoir de cette oligarchie mais aussi de la mort certaine de l'État démocratique avec la naissance du fascisme US.

Original : Alternet.org, Chris Hedges, le 8 février 2007


Traduction de Pétrus Lombard pour Alter Info

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medium_totalitarisme_laine.jpgDérive totalitaire aux Etats-Unis

 

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Biographie d'Hannah Arendt

 Le bourreau nazi Adolf Eichmann avait tenté, durant son procès en 1961 à Jérusalem, de justifier ses actes criminels en prétextant l’obligation, à la fois morale et juridique, d’obéir à la loi en toutes circonstances. Or le « paradoxe d’Auschwitz » a précisément révélé que, dans certaines circonstances, ce n’est pas l’obéissance mais bien la désobéissance qui fait l’homme vertueux.


Arendt, combattante de la liberté


par Leila OULALA.NET

Le totalitarisme selon Hannah Arendt

Selon Hannah Arendt [1], le totalitarisme est un régime qui vise, au nom d’une idéologie, à maîtriser totalement une société réduite à l’état de masse. Par masse, Hannah Arendt désigne ces personnes neutres et politiquement indifférents qui constituent la majorité d’une société.

Le système totalitaire, « porteur de vérité », manipule et utilise la propagande, le mensonge, la censure, les « visions » prophétiques de l’avenir, la manipulation de la mémoire pour soumettre les masses à son « pouvoir charismatique ». La banalisation de la haine, la création d’un ennemi objectif, intérieur ou extérieur, la conviction qu’on vit mal ailleurs et qu’on est menacé à l’intérieur permet à l’ensemble des personnes de se fédérer.

L’homme de masse devient alors un individu isolé où la dévotion au chef et à la nation devient son seul moyen d’exister.

Le but final est l’obtention de l’adhésion et du consentement total de la masse ; il s’agit aussi d’éliminer toute possibilité de non conformisme, de remise en cause du système ou de rupture des rangs. Une fois les masses contrôlées et organisées, la propagande est remplacée par l’endoctrinement et la société s’uniformise.

« les leaders des régimes totalitaires ne sont pas primordialement des menteurs, mais plutôt des manipulateurs, car ils réussissent à organiser les masses en unité collective qui soutiennent leurs mensonges » dit Hannah Arendt.

Laminées par la machine totalitaire, les masses se transforment en « d’affreuses marionnettes à face humaine » et l’homme devient « superflu » incapable de penser, n’absorbant que ce que l’appareil de propagande lui verse dans la tête.

Penser , c’est éviter de sombrer

Hannah Arendt explique que celui qui renonce à penser et s’en remet aux idées toutes faites est une proie pour les systèmes totalitaires

Le nouveau chef totalitariste : le groupe des néo-conservateurs américains

« Si vingt-cinq personnes dont je connais les noms avaient été exilées sur une île déserte il y a un an et demi, la guerre en Irak n’aurait pas eu lieu », a écrit l’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman à propos des néo-conservateurs.

Depuis 1990 une idée obsessionnelle d’attaquer l’Irak hante les néo-cons. Une machine formidable et une mobilisation permanente et continue utilisant tous les moyens de communication possibles pour appeler au renversement de Saddam Hussein ont été mises en marche dés le début des années 90.

On peut penser que les néo-cons voulait la tête de Saddam parce que ce dernier est un tyran impitoyable qui a plongé son pays dans une guerre avec l’Iran, a envahi le Koweït, a gazé les kurdes et a torturé les chiites et ses opposants ?

On peut aussi imaginer que les néo-cons sont attirés par les richesses pétrolières et les importantes capacités agricoles de l’Irak ?

Eh bien, non ! ni la première raison ni la seconde n’ont vraiment pesé dans la détermination des néo-cons à renverser Saddam.

La raison dominante de l’obsession irakienne est que Israël est au centre des préoccupations néo-conservatrices. L’ancien dictateur était notoirement anti-israélien et il n’avait jamais cessé d’appuyer et de financer les différents groupes de résistance palestiniens.

En dépit de la poignée de fer par laquelle il tenait son pays, l’ancien despote avait réussi dans les années 1980 à faire de l’Irak l’un des pays le plus avancé du Proche-orient et il avait réussi à s’acquérir des armes pouvant atteindre et frapper Israël. Il se voyait comme le nouveau Bismark de l’Irak. Les faucons Bushien ne l’ont pas entendu de cette oreille et ont décidé de le neutraliser !

En 1996, les néo-cons ont signé un document destiné à Benyamin Nétanyahou, chef du Likoud, sous le titre de « A clean Breaks : A New Strategy for Securiting the Realm : Un changement décisif : une nouvelle stratégie pour la sécurité du royaume[Israël] » et qui préconisait le renversement de Saddam.

Surnommés Likoudniki (agents américains du Likoud), les néo-cons se sont opposés au processus d’Oslo et ont alimenté la campagne menée par la droite israélienne avec à sa tête Benyamin Nétanyahou pour démolir le processus d’Oslo et discréditer Rabin.

Les néo-cons estiment que des états arabes plus démocratiques - traduction : plus obéissants à l’axe américano-sioniste - accepteront beaucoup plus facilement l’hégémonie(le Diktat) israélienne ; selon eux , l’opération de « démocratisation » combinant le

 « hard power » et le « soft power » doit précéder le règlement du conflit israélo-arabe.

D’après eux, ce n’est pas la colonisation et la répression israélienne qui empêchent le processus de paix mais c’est cet « espoir » que nourrissent les palestiniens et les arabes à voir « Israël disparaître » qui en est la cause et il faut tout faire pour tuer cet espoir.

« Je crois que les arabes dans leur ensemble n’accepteront pas Israël et ne font des concessions que dans le but de détruire un jour cet Etat. Ils veulent toujours qu’Israël disparaisse ; ils croient qu’il disparaîtra un jour. [...] La vraie source du problème n’est pas l’expansion des colonies, des implantations ; ce n’est pas la répression israélienne, c’est l’espoir qu’entretiennent toujours Arafat , les Palestiniens et les arabes de défaire Israël. Il n’y aura pas de paix tant que cet espoir survivra » déclare Muravchik, ancien trotskiste converti au néo-conservatisme.

Pour tuer cet espoir plusieurs think tanks (opinion makers : les faiseurs d’opinions) ont vu le jour. En 1997, le PNAC (Project for the New Americain Century : Projet pour le nouveau siècle américain) est né. Ce think tank néo-conservateur a proposé la domination militaire et économique de la planète par les Etats-Unis pendant au moins un siècle et a planifié une attaque contre l’Irak .

Le PNAC devient le porte parole de la droite israélienne. Il préconise d’éliminer politiquement Yasser Arafat, de supprimer toute aide financière à l’autorité palestinienne, de cesser toute pression sur Israël visant la reprise des négociations avec les palestiniens. Amalgamant Yasser Arafat et Ben Laden, l’OLP et Al Qaida, il prônait une guerre contre le terroristes en y incluant les groupes palestiniens.

Un autre think tank lié aux néo-cons est l’AEI. Ce laboratoire d’idées dont Richard Perle est l’éminence grise, est l’un des think tank les plus proches du gouvernement américain. L’AEI a édité en 1999 un livre écrit par le néo-con David Wurmser « Tyranny’s Ally : America’s Failure to Defeat Saddam Hussein » assimilant l’échec des Etats-Unis à se débarrasser de Saddam Hussein à une forme de complicité avec la tyrannie.

Les faiseurs d’opinions qui font la pluie et le beau temps aux Etats-Unis et qui façonnent le comportement des américains ne se limitent pas au PNAC et à l’IAE, on peut y inclure plusieurs autres non moins inquiétants[2].

Les néo-cons et Léo Strauss

La plupart des néo-cons sont d’anciens trotskistes anti-communistes. Léo Strauss connaît un grand succès auprès d’eux et beaucoup d’entres eux le considèrent comme leur maître à penser.

Léo Strauss est un philosophe allemand qui a adhéré au sionisme puis s’en est séparé quelques années plus tard. Néanmoins il n’a jamais cessé de porter Israël dans son cœur « Eh bien, son cœur était à Jérusalem et sa tête à Athènes » a déclaré un membre de sa famille.

« Israël est le seul pays qui en tant que tel est un avant poste de l’Occident en Orient. De plus, Israël est entouré d’ennemis mortels en supériorité numérique écrasante » déclare Strauss lui-même « Israël est une bénédiction pour tous les juifs, où qu’ils soient, qu’ils l’admettent ou non » rajoute t-il.

Léo Strauss prône la démocratie libérale et le « droit naturel » ; il abhorre le multiculturalisme, l’état-providence et le relativisme. Selon lui, le relativisme conduit à l’affaiblissement moral des démocraties libérales « si toutes les valeurs sont relatives, alors le cannibalisme est une affaire de goût » précise t-il.

Les adeptes de Léo Strauss appliquent le principe du non relativisme et du droit naturel à la démocratie et à la liberté qui sont, selon eux, des valeurs immuables valables n’importe où et n’importe quand.

Léo Strauss défendait l’usage de la force ; il avait d’ailleurs rejeté le traité de non prolifération nucléaire qu’il considérait comme une faiblesse vis-à-vis de l’ex URSS.

De la même façon ses disciples légitiment le recours aux armes et trouvent en la stabilité un grand danger

 [3] : « nous voulons la révolution, nous ne voulons pas la stabilité et nous voulons faire tomber tous les tyrans ... nous sommes un pays messianique. Et notre message à l’adresse du monde est notre vision messianique : le triomphe de la liberté, partout dans le monde. C’est quelque chose qui fait partie de notre ADN » rapportent-ils dans le séminaire de l’AEI.

(A propos de l’ADN, un livre paru en

septembre 2004 qui a fait la une du Time Magazine et une page entière lui était consacrée dans Washington Post prétend que la spiritualité est inscrite dans nos gènes et que seule notre culture déterminerait notre appartenance à telle ou telle religion. Ainsi, « les grandes valeurs américaines de liberté et de démocratie » sont-elles inscrites dans les gènes américains ?)

Les néo-conservateurs et les nazis

Adepte du nazi Carl Schmitt et de Heidegger, Léo Strauss et son disciple Allan Bloom diffusaient certaines doctrines de Schmitt. Ce qui ne veut pas dire que Strauss n’était pas critique vis-à-vis des textes de Schmitt mais ce qui est sûr c’est que ses critiques n’étaient pas prises en compte par ses disciples néo-conservateurs.

Les néo-conservateurs puisent l’essentiel de leurs idées dans les doctrines Schmittiens qui ont servi aux fondements de l’état nazi notamment en matière d’état d’exception et donc du droit public, de sécurité intérieur et de politique internationale[4].

L’état d’exception permanent préconise que l’exception peut devenir la règle permanente. En ce qui concerne l’état nazi, l’état d’exception a suspendu tous les articles de la Constitution de Weimar garantissant les libertés individuelles ; cette suspension fut reconduite de façon permanente et on peut considérer l’ensemble du IIIe Reich comme un état d’exception qui dura douze ans.

L’état d’exception permanent désigne la dictature comme seul moyen de sauver l’état en cas de menace interne, que cette menace soit réelle, imaginaire ou créée de toute pièce.

Au lendemain du 11 septembre, John Ashcroft, ministre de la justice, adopte la loi Patriot Act II qui répond aux objectifs et attentes du PNAC. C’est une loi d’exception à durée limitée mais à effet permanent. Cette mise en état d’exception s’inspire de la théorie de l’état d’exception citée ci-dessus. L’équivalent de cette loi fut appliquée par les autorités nazies au lendemain de l’incendie du Reichstag. Cet incendie criminel provoqué par les nazis eux même mais qualifiée « d’attentat terroriste perpétré par les communistes » (terme qui désignaient les juifs selon la terminologie nazie) a servi d’alibi à l’état d’exception.

Les néo-cons ne s’inspirent pas seulement des principes Schmittiens, ils puisent leurs idées aussi dans celles d’Hitler lui-même.

Ainsi Richard Perle et Frum de l’IAE ont publié un livre en décembre 2003 intitulé « An end to Evil :

 How to win the war on terror », « Les USA sont devenus la plus grande puissance des grandes puissances dans l’histoire du monde » et « Il n’y a pas de moyen terme pour l’Amérique : c’est l’holocauste ou la victoire. Ce livre est un manuel pour obtenir la victoire » peut-on lire dans les pages de ce livre.

Les néo-cons et les fondamentalistes chrétiens

Les Born Again Christian est une multinationale de la foi. Ces illuminés intégristes sont hostiles à toutes les religions que ce soit le judaïsme, l’islam ou le catholicisme.

Pourquoi les néo-cons, dont la plupart sont des ultra-sionistes, se sont alliés aux Born Again Christian qui eux sont des antisémites notoires ?

La réponse est que d’une part « Israël assiégé en a besoin de ce soutien (des fondamentalistes chrétiens) qui est à la fois énorme constant et inconditionnel » comme l’a déclaré un néo-con, et d’autre part ces fanatiques sont des islamophobes au langage cru et non alambiqué ; ils crient haut et fort leur haine de l’islam. Selon l’adepte de Born Again Christian, le musulman est Satan personnifié ; c’est lui qui se met sur la route de Dieu et empêche la réalisation des prophéties bibliques et le retour du messie. Ce retour qui selon ces fous paranoïaques n’aura lieu que lorsque tous les juifs de la terre retournent à la terre promise et que le grand Israël verra le jour.

La haine des musulmans et le soutien infaillible à Israël a permis l’union sacrée et contre-nature de ce mélange sulfureux.

Les néo-cons et le lobby sioniste américain

L’AIPAC et la Conference of Presidents of Major Jewish Organization comptent parmi les plus importantes organisations qui forment le lobby pro-israélien et qui veillent sur la bonne marche des relations entre les Etats-Unis et Israël. Leur grande influence sur le congrès américain a poussé le conservateur Patrick Buchanan à comparer ce dernier à « un territoire occupé israélien ».

Le lobby pro-sioniste hostile aux arabes et aux musulmans ne se limite plus aux seuls « Likoudniki », il est aussi présent dans toutes les sphères américaines politiques, médiatiques ... et même populaires [5].

Au nom de la nation et de la lutte contre la « terreur » la masse s’est fédérée contre l’ennemi musulman et a apporté son soutien infaillible à l’état hébreux ; elle a éliminé toute possibilité de non conformisme, de remise en cause du système ou de rupture des rangs. « chacun prend ses distances avec tout ce qui est arabe ou musulman » et aucun n’osera critiquer la guerre contre l’Irak ou ne réclamera quelques concessions que ce soit au gouvernement israélien.

Le lobby pro-likoud n’a plus besoin de se mobiliser. L’endoctrinement a solidement pris racine ; pour ceux qui restent conscients, la peur, l’opportunisme ou l’amour infini de l’argent et du pouvoir les poussent à un suivisme docile.

La masse s’est transformée en « d’affreuses marionnettes à face humaine » ; elle ne pense plus : elle se déploie spontanément.

Les néo-cons, les marchands de la mort et la globalisation

On retrouve des représentants de Lockheed Martin, un des premiers fournisseurs d’armes du département de la Défense, à la tête de plusieurs think tanks néo-conservateurs (PNAC, CLI, AEI) ; cette situation est symptomatique et montre le changement profond des mentalités de l’opinion publique qui d’habitude désignent les industries d’armements, discrètes dans leurs faits et gestes, comme les marchands de la mort comme l’explique Jim Lobbe, journaliste américain spécialiste des néo-cons.

Aujourd’hui, le complexe militaro-industriel, s’affiche fièrement et avec arrogance aux côtés des faucons de la Maison Blanche car le culte de la force est roi au pays des « Likoudniki ».

Les lobbies de la guerre participent à visage découvert au mouvement général de la mondialisation pour les intérêts des grandes entreprises (Corporate globalization).

Vu l’importance de ces deux derniers points, je ne m’étalerai pas car ils méritent une étude détaillée et très approfondie.

La néo-révolution médiatique

Une démocratie ne peut s’enraciner que dans une société libre et consciente de l’être. Or l’américain moyen est soumis en permanence à un matraquage médiatique implacable.

Fox News, la chaîne phare des néo-cons, et ses consoeurs utilisent des moyens d’endoctrinement très sophistiqués en vue de soumettre la population aux idées néo-conservatrices .

Abusé, l’américain moyen absorbe toutes les âneries, aussi grotesques les unes que les autres, dictées par les faiseurs d’opinions. Un sondage fait apparaître qu’une majorité d’américains qui regardent Fox News croient que c’est Saddam qui a commandité les actes du 11 septembre ! ! !

« si nos médias [américains] étaient attachés à la vérité, Georges Bush ne serait pas président, et nous, pas en guerre contre l’Irak » écrit John Nochols, journaliste qui dirige un mouvement pour la réforme des médias [6].

Actuellement la démocratie américaine se base sur une majorité qui ne pense plus et dont la volonté n’est plus autonome ; ce n’est plus qu’une démocratie de façade que certains surnomment « démocratie synthétique ».

La propagande, le mensonge, la manipulation du passé, du présent et du futur s’articulent autour d’une réalité fictive et prophétique. Les armes de destructions massives et les supposés liens de Saddam avec Al Qaida ont remplacé le mythe des « protocoles des sages de Sion » d’hier si utile aux nazis pour distiller la haine du juif.

Si hier la masse s’est fédérée contre le juif, elle s’unit aujourd’hui contre le musulman : Confondu avec le terrorisme l’islam devient l’axe du mal à éradiquer absolument.

Et des leitmotiv se répétant comme des refrains : « L’islam est tout simplement une religion de guerre » ou encore « nous devrions envahir leurs pays, tuer leurs leaders et les convertir au christianisme » ...

Si hier, la banalisation de la haine a légalisé le crime et a conduit à la solution finale où des millions d’innocents ont péri, aujourd’hui elle légalise le meurtre collectif de ces basanés en Irak, en Palestine, en Afghanistan et ailleurs.

Les néo-cons retranchés derrière leurs bureaux ont réussi à opérer

une mutation du système démocratique en un système totalitaire.

« Certaines idées ont des conséquences inattendues » aiment répéter les intellos-Bushien. Pour une fois, ils ont raison ! Les conséquences inattendues de leurs idées à eux sera leur destruction car le système totalitaire ne peut-être réformé, il ne peut qu’être détruit.

Leila


[1] Hannah Arendt : Les Origines du totalitarisme, Le système totalitaire, traduction française J-L. Bourget,medium_arton1527.jpg R. Davreu, P. Lévy, Seuil, 1972 réédité, Gallimard, collection Quarto, 2002.

[2] Committee for the liberation of Iraq, Irak Liberation Act, Heritage Foundation, Council on Foreign Relations, Le National Endowment for Democracy, le Manhattan institute, Cato Institute, Hoover Institution, RAND, Freedom house, Atlas Society, Mensa ...

[3] L’Amérique messianique Alain Frachon & Daniel Vernet Edition Seuil, septembre 2004.

[4] Etat d’exception permanent : la néorévolution américaine. Edition L’esprit des péninsules, 2004

[5] Ce pays où Sharon n’a que des amis, serge Halimi, Manière de voir 77, octobre-novembre 2004

[6] Révolte contre l’ordre médiatique, Eric Klinenberg Manière de voir 77, octobre-novembre 2004

 

oulala.net

 

03.05.2007

PEUPLE ELU OU PEUPLE UTILE ?

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Peuple élu ou peuple utile ?
Par Ugo Rankl pour Guysen Israël News
29 octobre 2006 14:26
 
Il y a, dans les campagnes d’Alabama et du Kentucky, des Chrétiens qui prient en serrant un nœud de crotales dans leurs mains car il est écrit dans le Nouveau Testament , Marc 16:17-18 : «Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru en mon nom, ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils saisiront des serpents ; s'ils boivent quelque breuvage mortel, ilmedium_geuu_01_img0158.jpg ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris.»
 
 Chaque année, ces gens font une grande récolte de serpents venimeux qu’ils libèrent ensuite dans une petite arène de bois. Les garçons, pour tenir leur rang dans leur communauté, doivent apporter la preuve de leur confiance absolue dans la parole du Christ en posant leurs pas dans le grouillement des reptiles. Ils doivent mépriser leur peur et ne pas craindre – douter serait un péché – qu’il leur arrivemalheur. Ces Chrétiens n’ont peur que d’une chose : que les Juifs perdent Jérusalem.
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Handling snakes since 1971. Tough bitten a dozen times he continues to
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advocate snake-handlin. When he opened his church 25 years ago only 15 people attended ;  there are now about 100 in his congregation. PHOTO STEVE SHELTON/STAFF.

 
         
 

 

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Il y a, à Washington, dans les cercles les plus proches du pouvoir, des gens qui croient, comme on accepte dans une vérité première, l’Evangile de Luc, où il est écrit chapitre 21, verset 4 que les habitants de Jérusalem « tomberont sous le tranchant de l’épée, ils seront amenés captifs parmi les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations, jusqu’à ce que le temps des nations soient accompli ».

Ces Chrétiens, tout comme leurs frères d’Alabama et du Kentucky, croient que le temps des Nations s’est achevé en Juin 1967, quand Tsahal guidée par Dieu a conquis la vieille ville de Jérusalem. Le rétablissement d’Israël à Jérusalem annonce le règne prochain du Christ sur la Terre. S’opposer à Israël, c’est trahir la parole divine, C’est faire le jeu de l’Antéchrist. Car il est écrit que les forces du Mal sèmeront le chaos pour empêcher l’avènement du Messie sur la Terre.

Pour les Chrétiens fondamentalistes, petits blancs du Sud profond ou VIP de Washington DC, Mahomet, Yasser Arafat, Nasser, Bin Laden, al-Zarqawi, al-Zawahiri, Mullah Omar, Ismail Haniyeh, Bashar el-Assad, Mahmoud Ahmadinejad, Hassan Nasrallah sont les généraux de l’Antéchrist. Les Musulmans sont ses soldats. Mais la défaite est le destin de cette armée car il est écrit dans la Genèse, chapitre 12, verset 3, que Dieu a fait la promesse suivante à Abraham : « je vais bénir ceux qui les bénissent, et punir ceux qui les punissent »

Voilà ce que croient quatre-vingt millions de protestants évangéliques. Ils sont de plus en plus nombreux aux Etats-Unis, en Afrique et en Asie.
L’Europe est plus réticente que les autres continents à se laisser entraîner par le courant fondamentaliste. Rien n’est plus opposé à un Evangélique convaincu de la grandeur de sa religion, qu’un intellectuel européen qui cultive le doute et la repentance comme vertus cardinales. Le premier se considère enrôlé dans l’armée du Christ, d’Israël et de l’Occident pour faire barrage à l’islam. Le second voudrait savoir jusqu’où il doit reculer pour éviter l’affrontement.
Chaque année, à l’occasion des Fêtes de Souccoth#, les Chrétiens fondamentalistes se rassemblent de plus en plus nombreux à Jérusalem. On pourrait penser qu’il s’agit de tourisme spirituel mais cela ressemble plutôt à une inspection des premières lignes du champ de bataille où doivent bientôt s’affronter l’Occident et l’islam, le camp du Bien et l’Empire du Mal. Ces fous de Jérusalem ne font pas mystère que, rentrés chez eux aux Etats-Unis, au Japon, en Corée, en Chine, au Sénégal, ils iront dire dans leurs communautés que l’heure est proche. Ils chercheront à réveiller la volonté de se battre des Chrétiens parce que, selon eux, jamais l’Islam n’a été aussi près de reconquérir Jérusalem. Ils veulent que le monde libre prenne enfin conscience que ses valeurs judéo-chrétiennes sont en péril. La promesse divine d’une éternité de paix sur la terre après le retour du Messie pourrait bien ne pas se réaliser.

Fêtes de Souccoth (Israël)


VIDEO : FETE EVANGELIQUE DE SOUCCOTH - Jerusalem                                                                                                                      
http://www.succotcelebration.com/media/succot_celebration...

 

 Cette année, les Chrétiens Evangéliques ont eu peur car Israël n’a pas été capable d’écraser la tête du serpent shiite au Liban. Ahmadinejad parade à Téhéran. Nasrallah pousse l’impudeur jusqu’à qualifier sa non-défaite de divine victoire, alors que chaque Evangélique est prêt à jurer que c’est le Démon lui-même qui a sauvé le Hezbollah. Au Liban, Israël a déçu les fondamentalistes chrétiens. Israël s’est laissé attendrir par l’Europe faible et corrompue, et n’a pas porté le coup fatal à l’ennemi de Dieu sur Terre.

C’est la deuxième fois que le peuple élu trahit la confiance des communautés évangéliques. L’année dernière, les Juifs
medium_WA_freedoms_wings_lg.jpg ont abandonné Gaza aux Palestiniens que les fondamentalistes protestants considèrent comme les plus pervers de tous les adversaires de l’Occident judéo-chrétien. Quelques semaines avant l’expulsion des Juifs du Gush-Katif, Robert Stearns, leader du mouvement américain Eagle’s Wings, avait rassemblé quatre mille Evangéliques tout à côté de la Knesset, à Jérusalem, pensant que le spectacle de leur désespoir ferait revenir le Premier Ministre sur sa décision.

Dans leurs églises, les Evangéliques du monde entier ont organisé des messes de deuil quand les synagogues de Gaza ont brûlé. Quelques semaines plus tard, Ariel Sharon a sombré dans un coma profond dont il n’est plus jamais sorti. Le télé-évangéliste Pat Roberston, un des chefs de file des sionistes chrétiens, vit aussitôt dans la maladie de Sharon une manifestation de la fureur divine : « Dieu éprouve de l'hostilité à l'égard de ceux qui divisent Sa terre […] Et à chaque Premier ministre d'Israël qui décide de la découper et d'y renoncer, Dieu dit : "Non, ceci est Mien". Ariel Sharon divisait la terre de Dieu. »

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Dix ans plus tôt, Roberston s’était discrètement mais sincèrement réjoui de la mort de Rabin, coupable à ses yeux d’avoir tenté de faire la paix avec les Palestiniens et Arafat.

Selon les canons de la pensée sioniste-chrétienne, les Juifs n’ont pas le droit de flancher. La faiblesse et la recherche du compromis leur sont interdites. Pour les Evangéliques, les Juifs sont les représentants de Dieu sur Terre, ils sont l’instrument de sa volonté. Les Evangéliques considèrent qu’en soutenant de toutes leurs forces Israël contre ses ennemis, ils obéissent à un commandement divin. Quand à leurs yeux Israël s’égare, ils assument avec lui la responsabilité de ses faiblesses

Robert Stearns, qui a tenté par tous les moyens – politiques et spirituels - de bloquer le processus du désengagement pendant l’été 2005, est convaincu que plus Israël se sentira soutenu, aimé, respecté, moins il sera tenté de négocier avec l’islam. Le dirigeant du mouvement Eagle’s Wings veut convaincre les Nations d’aimer Israël. C’est selon lui une question de vie ou de mort pour l’Occident.

 
Le 1er Octobre dernier, à l’occasion des Fêtes de Souccoth, le pasteur Stearns (en photo à gauche) et son organisation ont organisé un « Jour de Prière pour Jérusalem » dans l’enceinte de Migdal David, près de la Porte de Jaffa. God TV couvrait l’événement. Cette chaîne de télévision évangélique, créée en Angleterre il y a onze ans, connaît un développement rapide. Son directeur, le très charismatique Bo Sanders (à droite sur la photo), est un visage connu dans cent six millions de foyers dans le monde. L’audience potentielle de God TV approche désormais quatre cents millions de personnes. Ce jour-là, Sanders et Stearns ont sonné une nouvelle fois le tocsin via le satellite qui retransmet les émissions de God vingt-quatre heures sur vingt-quatre. S’il veut survivre, le monde occidental va devoir affronter l’islam radical dans une guerre sans merci. Les Juifs et les Chrétiens n’ont pas d’autre choix que de s’unir face à leur ennemi commun. Selon Stearns, Jérusalem sera l’enjeu de la plus féroce des batailles que se livreront les deux camps. Les Musulmans auraient compris, selon Stearns, que s’ils parvenaient à reprendre Jérusalem, ils couperaient le lien qui unit Dieu au peuple juif. Israël perdait alors son énergie vitale, et tout l’Occident Chrétien serait entraîné dans l’abîme.


La passion de Robert Stearns pour Israël est née d’une expérience mystique. Il n’était qu’un pasteur submergé par les tâches quotidiennes de sa petite église new-yorkaise jusqu’à son premier voyage à Jérusalem. Un de ses amis l’emmena au Kotel. Là, Sterns dit avoir été bouleversé par le spectacle des Juifs en prière : « Je voyais des gens qui priaient le Dieu d’Abraham, Jacob et Isaac. Ce Dieu est le mien aussi. Mais, il a été celui des Juifs des milliers d’années avant de devenir celui des Chrétiens. J’ai compris ce jour là que le projet divin s’incarnait dans un peuple élu – les Juifs – et sur une terre sainte – Israël ». Selon le Pasteur Stearns, qui ne ménage pas ses efforts pour faire découvrir Israël et le judaïsme à des centaines de jeunes Américains chaque année, l’hostilité à Israël est caractéristique des Chrétiens qui n’ont rien compris au message porté par les Ecritures.

Nombreux sont ceux qui lui retournent le compliment. Le soutien inconditionnel à Israël serait la preuve d’une interprétation erronée des Evangiles. Il n’y a pas d’autre alliance entre Dieu et les hommes que celle qui unit les Chrétiens au Tout-Puissant. Le peuple juif est exclu de ce pacte et n’a aucun rôle à jouer dans l’enchaînement des événements qui aboutiront au retour du Messie. Spirituellement, le soutien des fondamentalistes protestants à Israël parait pour le moins douteux à de nombreux chefs de la chrétienté. Politiquement, il est tout à fait insupportable àmedium_gay.xlaerge1.2.jpgcertains.


Monseigneur Michel Sabbagh, Patriarche latin de Jérusalem et à ce titre, chef de l’Eglise catholique en Israël et dans les Territoires palestiniens, est de ceux-là. Jamais Sabbagh n’a manqué une occasion de crucifier Israël en le rendant responsable de tous les maux du Moyen-Orient. Sous sa férule, l’Église catholique s’est inféodée à l’OLP puis à Yasser Arafat. Fidèle à son engagement pro-palestinien, Monseigneur Sabbagh n’a jamais voulu condamner les exactions dont les Islamistes et les bandes armées du Fatah se rendent coupables dans les territoires de l’Autorité Palestinienne.

Scandalisé par les manifestations des sionistes chrétiens à Jérusalem, le Patriarche latin déclara tout à fait officiellement que les Evangéliques menaient le monde à Armageddon.

Que les Catholiques s’opposent aux Protestants sur la question juive, il n’y a là rien de très surprenant. Mais la question des rapports avec Israël est sur le point de provoquer un véritable schisme au sein des églises réformées elles-mêmes. Si les Évangéliques prêchent l’alliance avec Israël, les Presbytériens, entraînant dans leur sillage un certain nombre d’églises américaines et européennes, ne cherchent pas à dissimuler leur hostilité au peuple et à l’Etat juif.

Pendant l’été 2005, deux semaines avant le désengagement de Gaza, un certain nombre d’activistes pro palestiniens, se réclamant de la gauche protestante, ont lancé une campagne pour le désinvestissement des compagnies qui ont des relations commerciales avec Israël et, de ce fait participeraient à l’oppression des Palestiniens. L’objectif de ces petits groupes très motivés est de contraindre les églises à se débarrasser de toutes les participations qu’elles possèdent dans des entreprises comme Caterpillar, Motorola, United Technologies, et ITT. Cette stratégie s’est avérée assez efficace pour obliger de grands trusts américains à rompre avec l’Afrique du Sud au temps de l’Apartheid. La campagne pour le désinvestissement est vite devenue un combat prioritaire du Conseil Mondial des Eglises, qui regroupe cinq cent cinquante millions de chrétiens non catholiques dans le monde.

Le 6 février 2006, le synode de l’Eglise anglicane, réuni en Angleterre, adopte une motion favorable au désinvestissement. A Jérusalem, pour le Père anglican Nabil Ateek c’est l’heure de l’apothéose. C’est lui en effet qui a lancé un appel aux instances supérieures de son église pour qu’elles adoptent des positions clairement hostiles à Israël. Depuis des années, le Père Ateek essaie d’imposer l’idée qu’Israël est un fossile hérité de l’histoire coloniale de l’Europe.

Selon lui, Israël est une sorte de réincarnation de la Rhodésie raciste qui « fabrique des bantoustans pour les Palestiniens et une forme d’apartheid à l’israélienne qui est pire que celle qui a existé en Afrique du Sud. » Mais le Père Ateek n’a pas que des raisons politico- historiques de détester Israël. Son hostilité se nourrit également du vieux fond antisémite chrétien qui enchaîne les Juifs à leur crime de déicide. En 2001, Ateek établissait ainsi le lien entre le sort des Palestiniens et la passion du Christ : « Jésus est crucifié une nouvelle fois et des milliers de Palestiniens sont sur la croix avec lui, tout autour de lui. Le Gouvernement d’Israël crucifie chaque jour qui passe… »

Aujourd’hui, le Père Ateek sait qu’il doit tout recommencer. La campagne pour le désinvestissement a été un échec. Les unes après les autres, les Eglises ont pris leurs distances avec leurs éléments les plus engagés dans l’activisme pro palestinien. Un certain nombre de Chrétiens de Palestine ont également fait entendre leurs plaintes. Pour eux, l’urgence n’est pas de créer des problèmes à Israël mais bien d’empêcher les Islamistes et les gangs palestiniens de chasser définitivement les églises des territoires sur lesquels ils règnent. En Europe ou en Amérique, on a également compris que les déclarations anti israeliennes du clergé palestinien lui étaient extorquées par les Musulmans qui demandent à leurs concitoyens chrétiens toujours plus de preuves de leur fidélité à la cause nationale. Enfin, les fidèles des églises protestantes qui ont adopté des positions anti israéliennes ont fait entendre leur mécontentement. Bien peu d’entre eux se sentent plus d’affinités avec les Musulmans palestiniens qu’avec les Juifs, et l’action desmedium_juifs_antisionistes.jpg

Evangéliques en faveur d’Israël est souvent considérée avec respect et sympathie.
De nombreux Juifs ne sont pas si bien disposés en faveur des Evangéliques. Les instances juives américaines ont du mal à accepter sans réticence la main tendue par une frange de la population qui condamne sans appel l’avortement, l’homosexualité, la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La question de la prière à l’école est également un point de friction sérieux. Théologiquement, les Juifs ont quelques raisons de ne pas se laisser embrasser trop étroitement par les Évangéliques. Les deux religions n’ont, par exemple, pas du tout la même façon d’aborder leurs textes fondamentaux. Le judaïsme se développe sur une longue tradition de réflexion et d’interprétation de la Torah. Rien n’est plus étranger à la pratique religieuse juive qu’une lecture littérale, sans possibilité de réflexion individuelle ou collégiale sur les textes. En outre, dans la prophétie à laquelle adhèrent les fondamentalistes protestants, les Juifs sont promis à un sort peu enviable.

Quand viendra le Jour du Jugement, ils seront désignés comme ceux qui ont refusé le Christ et châtiés en conséquence. Pour les Evangéliques, les Juifs sont moins un peuple élu, qu’un peuple utile.