03.05.2007

PEUPLE ELU OU PEUPLE UTILE ?

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Peuple élu ou peuple utile ?
Par Ugo Rankl pour Guysen Israël News
29 octobre 2006 14:26
 
Il y a, dans les campagnes d’Alabama et du Kentucky, des Chrétiens qui prient en serrant un nœud de crotales dans leurs mains car il est écrit dans le Nouveau Testament , Marc 16:17-18 : «Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru en mon nom, ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils saisiront des serpents ; s'ils boivent quelque breuvage mortel, ilmedium_geuu_01_img0158.jpg ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris.»
 
 Chaque année, ces gens font une grande récolte de serpents venimeux qu’ils libèrent ensuite dans une petite arène de bois. Les garçons, pour tenir leur rang dans leur communauté, doivent apporter la preuve de leur confiance absolue dans la parole du Christ en posant leurs pas dans le grouillement des reptiles. Ils doivent mépriser leur peur et ne pas craindre – douter serait un péché – qu’il leur arrivemalheur. Ces Chrétiens n’ont peur que d’une chose : que les Juifs perdent Jérusalem.
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Handling snakes since 1971. Tough bitten a dozen times he continues to
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advocate snake-handlin. When he opened his church 25 years ago only 15 people attended ;  there are now about 100 in his congregation. PHOTO STEVE SHELTON/STAFF.

 
         
 

 

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Il y a, à Washington, dans les cercles les plus proches du pouvoir, des gens qui croient, comme on accepte dans une vérité première, l’Evangile de Luc, où il est écrit chapitre 21, verset 4 que les habitants de Jérusalem « tomberont sous le tranchant de l’épée, ils seront amenés captifs parmi les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations, jusqu’à ce que le temps des nations soient accompli ».

Ces Chrétiens, tout comme leurs frères d’Alabama et du Kentucky, croient que le temps des Nations s’est achevé en Juin 1967, quand Tsahal guidée par Dieu a conquis la vieille ville de Jérusalem. Le rétablissement d’Israël à Jérusalem annonce le règne prochain du Christ sur la Terre. S’opposer à Israël, c’est trahir la parole divine, C’est faire le jeu de l’Antéchrist. Car il est écrit que les forces du Mal sèmeront le chaos pour empêcher l’avènement du Messie sur la Terre.

Pour les Chrétiens fondamentalistes, petits blancs du Sud profond ou VIP de Washington DC, Mahomet, Yasser Arafat, Nasser, Bin Laden, al-Zarqawi, al-Zawahiri, Mullah Omar, Ismail Haniyeh, Bashar el-Assad, Mahmoud Ahmadinejad, Hassan Nasrallah sont les généraux de l’Antéchrist. Les Musulmans sont ses soldats. Mais la défaite est le destin de cette armée car il est écrit dans la Genèse, chapitre 12, verset 3, que Dieu a fait la promesse suivante à Abraham : « je vais bénir ceux qui les bénissent, et punir ceux qui les punissent »

Voilà ce que croient quatre-vingt millions de protestants évangéliques. Ils sont de plus en plus nombreux aux Etats-Unis, en Afrique et en Asie.
L’Europe est plus réticente que les autres continents à se laisser entraîner par le courant fondamentaliste. Rien n’est plus opposé à un Evangélique convaincu de la grandeur de sa religion, qu’un intellectuel européen qui cultive le doute et la repentance comme vertus cardinales. Le premier se considère enrôlé dans l’armée du Christ, d’Israël et de l’Occident pour faire barrage à l’islam. Le second voudrait savoir jusqu’où il doit reculer pour éviter l’affrontement.
Chaque année, à l’occasion des Fêtes de Souccoth#, les Chrétiens fondamentalistes se rassemblent de plus en plus nombreux à Jérusalem. On pourrait penser qu’il s’agit de tourisme spirituel mais cela ressemble plutôt à une inspection des premières lignes du champ de bataille où doivent bientôt s’affronter l’Occident et l’islam, le camp du Bien et l’Empire du Mal. Ces fous de Jérusalem ne font pas mystère que, rentrés chez eux aux Etats-Unis, au Japon, en Corée, en Chine, au Sénégal, ils iront dire dans leurs communautés que l’heure est proche. Ils chercheront à réveiller la volonté de se battre des Chrétiens parce que, selon eux, jamais l’Islam n’a été aussi près de reconquérir Jérusalem. Ils veulent que le monde libre prenne enfin conscience que ses valeurs judéo-chrétiennes sont en péril. La promesse divine d’une éternité de paix sur la terre après le retour du Messie pourrait bien ne pas se réaliser.

Fêtes de Souccoth (Israël)


VIDEO : FETE EVANGELIQUE DE SOUCCOTH - Jerusalem                                                                                                                      
http://www.succotcelebration.com/media/succot_celebration...

 

 Cette année, les Chrétiens Evangéliques ont eu peur car Israël n’a pas été capable d’écraser la tête du serpent shiite au Liban. Ahmadinejad parade à Téhéran. Nasrallah pousse l’impudeur jusqu’à qualifier sa non-défaite de divine victoire, alors que chaque Evangélique est prêt à jurer que c’est le Démon lui-même qui a sauvé le Hezbollah. Au Liban, Israël a déçu les fondamentalistes chrétiens. Israël s’est laissé attendrir par l’Europe faible et corrompue, et n’a pas porté le coup fatal à l’ennemi de Dieu sur Terre.

C’est la deuxième fois que le peuple élu trahit la confiance des communautés évangéliques. L’année dernière, les Juifs
medium_WA_freedoms_wings_lg.jpg ont abandonné Gaza aux Palestiniens que les fondamentalistes protestants considèrent comme les plus pervers de tous les adversaires de l’Occident judéo-chrétien. Quelques semaines avant l’expulsion des Juifs du Gush-Katif, Robert Stearns, leader du mouvement américain Eagle’s Wings, avait rassemblé quatre mille Evangéliques tout à côté de la Knesset, à Jérusalem, pensant que le spectacle de leur désespoir ferait revenir le Premier Ministre sur sa décision.

Dans leurs églises, les Evangéliques du monde entier ont organisé des messes de deuil quand les synagogues de Gaza ont brûlé. Quelques semaines plus tard, Ariel Sharon a sombré dans un coma profond dont il n’est plus jamais sorti. Le télé-évangéliste Pat Roberston, un des chefs de file des sionistes chrétiens, vit aussitôt dans la maladie de Sharon une manifestation de la fureur divine : « Dieu éprouve de l'hostilité à l'égard de ceux qui divisent Sa terre […] Et à chaque Premier ministre d'Israël qui décide de la découper et d'y renoncer, Dieu dit : "Non, ceci est Mien". Ariel Sharon divisait la terre de Dieu. »

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Dix ans plus tôt, Roberston s’était discrètement mais sincèrement réjoui de la mort de Rabin, coupable à ses yeux d’avoir tenté de faire la paix avec les Palestiniens et Arafat.

Selon les canons de la pensée sioniste-chrétienne, les Juifs n’ont pas le droit de flancher. La faiblesse et la recherche du compromis leur sont interdites. Pour les Evangéliques, les Juifs sont les représentants de Dieu sur Terre, ils sont l’instrument de sa volonté. Les Evangéliques considèrent qu’en soutenant de toutes leurs forces Israël contre ses ennemis, ils obéissent à un commandement divin. Quand à leurs yeux Israël s’égare, ils assument avec lui la responsabilité de ses faiblesses

Robert Stearns, qui a tenté par tous les moyens – politiques et spirituels - de bloquer le processus du désengagement pendant l’été 2005, est convaincu que plus Israël se sentira soutenu, aimé, respecté, moins il sera tenté de négocier avec l’islam. Le dirigeant du mouvement Eagle’s Wings veut convaincre les Nations d’aimer Israël. C’est selon lui une question de vie ou de mort pour l’Occident.

 
Le 1er Octobre dernier, à l’occasion des Fêtes de Souccoth, le pasteur Stearns (en photo à gauche) et son organisation ont organisé un « Jour de Prière pour Jérusalem » dans l’enceinte de Migdal David, près de la Porte de Jaffa. God TV couvrait l’événement. Cette chaîne de télévision évangélique, créée en Angleterre il y a onze ans, connaît un développement rapide. Son directeur, le très charismatique Bo Sanders (à droite sur la photo), est un visage connu dans cent six millions de foyers dans le monde. L’audience potentielle de God TV approche désormais quatre cents millions de personnes. Ce jour-là, Sanders et Stearns ont sonné une nouvelle fois le tocsin via le satellite qui retransmet les émissions de God vingt-quatre heures sur vingt-quatre. S’il veut survivre, le monde occidental va devoir affronter l’islam radical dans une guerre sans merci. Les Juifs et les Chrétiens n’ont pas d’autre choix que de s’unir face à leur ennemi commun. Selon Stearns, Jérusalem sera l’enjeu de la plus féroce des batailles que se livreront les deux camps. Les Musulmans auraient compris, selon Stearns, que s’ils parvenaient à reprendre Jérusalem, ils couperaient le lien qui unit Dieu au peuple juif. Israël perdait alors son énergie vitale, et tout l’Occident Chrétien serait entraîné dans l’abîme.


La passion de Robert Stearns pour Israël est née d’une expérience mystique. Il n’était qu’un pasteur submergé par les tâches quotidiennes de sa petite église new-yorkaise jusqu’à son premier voyage à Jérusalem. Un de ses amis l’emmena au Kotel. Là, Sterns dit avoir été bouleversé par le spectacle des Juifs en prière : « Je voyais des gens qui priaient le Dieu d’Abraham, Jacob et Isaac. Ce Dieu est le mien aussi. Mais, il a été celui des Juifs des milliers d’années avant de devenir celui des Chrétiens. J’ai compris ce jour là que le projet divin s’incarnait dans un peuple élu – les Juifs – et sur une terre sainte – Israël ». Selon le Pasteur Stearns, qui ne ménage pas ses efforts pour faire découvrir Israël et le judaïsme à des centaines de jeunes Américains chaque année, l’hostilité à Israël est caractéristique des Chrétiens qui n’ont rien compris au message porté par les Ecritures.

Nombreux sont ceux qui lui retournent le compliment. Le soutien inconditionnel à Israël serait la preuve d’une interprétation erronée des Evangiles. Il n’y a pas d’autre alliance entre Dieu et les hommes que celle qui unit les Chrétiens au Tout-Puissant. Le peuple juif est exclu de ce pacte et n’a aucun rôle à jouer dans l’enchaînement des événements qui aboutiront au retour du Messie. Spirituellement, le soutien des fondamentalistes protestants à Israël parait pour le moins douteux à de nombreux chefs de la chrétienté. Politiquement, il est tout à fait insupportable àmedium_gay.xlaerge1.2.jpgcertains.


Monseigneur Michel Sabbagh, Patriarche latin de Jérusalem et à ce titre, chef de l’Eglise catholique en Israël et dans les Territoires palestiniens, est de ceux-là. Jamais Sabbagh n’a manqué une occasion de crucifier Israël en le rendant responsable de tous les maux du Moyen-Orient. Sous sa férule, l’Église catholique s’est inféodée à l’OLP puis à Yasser Arafat. Fidèle à son engagement pro-palestinien, Monseigneur Sabbagh n’a jamais voulu condamner les exactions dont les Islamistes et les bandes armées du Fatah se rendent coupables dans les territoires de l’Autorité Palestinienne.

Scandalisé par les manifestations des sionistes chrétiens à Jérusalem, le Patriarche latin déclara tout à fait officiellement que les Evangéliques menaient le monde à Armageddon.

Que les Catholiques s’opposent aux Protestants sur la question juive, il n’y a là rien de très surprenant. Mais la question des rapports avec Israël est sur le point de provoquer un véritable schisme au sein des églises réformées elles-mêmes. Si les Évangéliques prêchent l’alliance avec Israël, les Presbytériens, entraînant dans leur sillage un certain nombre d’églises américaines et européennes, ne cherchent pas à dissimuler leur hostilité au peuple et à l’Etat juif.

Pendant l’été 2005, deux semaines avant le désengagement de Gaza, un certain nombre d’activistes pro palestiniens, se réclamant de la gauche protestante, ont lancé une campagne pour le désinvestissement des compagnies qui ont des relations commerciales avec Israël et, de ce fait participeraient à l’oppression des Palestiniens. L’objectif de ces petits groupes très motivés est de contraindre les églises à se débarrasser de toutes les participations qu’elles possèdent dans des entreprises comme Caterpillar, Motorola, United Technologies, et ITT. Cette stratégie s’est avérée assez efficace pour obliger de grands trusts américains à rompre avec l’Afrique du Sud au temps de l’Apartheid. La campagne pour le désinvestissement est vite devenue un combat prioritaire du Conseil Mondial des Eglises, qui regroupe cinq cent cinquante millions de chrétiens non catholiques dans le monde.

Le 6 février 2006, le synode de l’Eglise anglicane, réuni en Angleterre, adopte une motion favorable au désinvestissement. A Jérusalem, pour le Père anglican Nabil Ateek c’est l’heure de l’apothéose. C’est lui en effet qui a lancé un appel aux instances supérieures de son église pour qu’elles adoptent des positions clairement hostiles à Israël. Depuis des années, le Père Ateek essaie d’imposer l’idée qu’Israël est un fossile hérité de l’histoire coloniale de l’Europe.

Selon lui, Israël est une sorte de réincarnation de la Rhodésie raciste qui « fabrique des bantoustans pour les Palestiniens et une forme d’apartheid à l’israélienne qui est pire que celle qui a existé en Afrique du Sud. » Mais le Père Ateek n’a pas que des raisons politico- historiques de détester Israël. Son hostilité se nourrit également du vieux fond antisémite chrétien qui enchaîne les Juifs à leur crime de déicide. En 2001, Ateek établissait ainsi le lien entre le sort des Palestiniens et la passion du Christ : « Jésus est crucifié une nouvelle fois et des milliers de Palestiniens sont sur la croix avec lui, tout autour de lui. Le Gouvernement d’Israël crucifie chaque jour qui passe… »

Aujourd’hui, le Père Ateek sait qu’il doit tout recommencer. La campagne pour le désinvestissement a été un échec. Les unes après les autres, les Eglises ont pris leurs distances avec leurs éléments les plus engagés dans l’activisme pro palestinien. Un certain nombre de Chrétiens de Palestine ont également fait entendre leurs plaintes. Pour eux, l’urgence n’est pas de créer des problèmes à Israël mais bien d’empêcher les Islamistes et les gangs palestiniens de chasser définitivement les églises des territoires sur lesquels ils règnent. En Europe ou en Amérique, on a également compris que les déclarations anti israeliennes du clergé palestinien lui étaient extorquées par les Musulmans qui demandent à leurs concitoyens chrétiens toujours plus de preuves de leur fidélité à la cause nationale. Enfin, les fidèles des églises protestantes qui ont adopté des positions anti israéliennes ont fait entendre leur mécontentement. Bien peu d’entre eux se sentent plus d’affinités avec les Musulmans palestiniens qu’avec les Juifs, et l’action desmedium_juifs_antisionistes.jpg

Evangéliques en faveur d’Israël est souvent considérée avec respect et sympathie.
De nombreux Juifs ne sont pas si bien disposés en faveur des Evangéliques. Les instances juives américaines ont du mal à accepter sans réticence la main tendue par une frange de la population qui condamne sans appel l’avortement, l’homosexualité, la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La question de la prière à l’école est également un point de friction sérieux. Théologiquement, les Juifs ont quelques raisons de ne pas se laisser embrasser trop étroitement par les Évangéliques. Les deux religions n’ont, par exemple, pas du tout la même façon d’aborder leurs textes fondamentaux. Le judaïsme se développe sur une longue tradition de réflexion et d’interprétation de la Torah. Rien n’est plus étranger à la pratique religieuse juive qu’une lecture littérale, sans possibilité de réflexion individuelle ou collégiale sur les textes. En outre, dans la prophétie à laquelle adhèrent les fondamentalistes protestants, les Juifs sont promis à un sort peu enviable.

Quand viendra le Jour du Jugement, ils seront désignés comme ceux qui ont refusé le Christ et châtiés en conséquence. Pour les Evangéliques, les Juifs sont moins un peuple élu, qu’un peuple utile.